Association VIE Vendée » 30 mai 2017

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Bulletin 2017 Histoire - récit - mémoire

Les petits animaux de l’estran se racontent

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Le crabe dormeur ou Tourteau (Cancer pagurus).

Photographies: C. Chauvet

On m’a pris mon nom scientifique pour l’attribuer à une cruelle maladie. Et pourtant, je ne suis pas très méchant, je suis incapable de m’attaquer à la moindre proie, sauf si elle est fixée ou peu mobile. Par contre, tout en marchant de côté, je fais le ménage au fond de la mer et mon festin de tout animal mort. J’arrache la chair avec mes pinces et je la broie avec mes mandibules très dures.
J’ai cependant un gros problème, comme tous mes copains de Classe…les Crustacés : ma carapace n’est pas extensible. Et pourtant, je grossis !
Je dois donc de temps en temps me «dévêtir» entièrement jusqu’au bout de mes pattes : c’est la mue.
Comme je suis très pudique, je me cache dans un trou de rocher, j’absorbe beaucoup d’eau et la pression fait craquer ma carapace suivant des lignes bien définies. Je peux alors sortir lentement (30 minutes à 6 heures) en marche arrière et laisser de côté mon ancienne carapace. Je suis épuisé, tout nu, tout mou et je peux me faire manger tout cru !
J’ai donc intérêt à me cacher ! Ma nouvelle carapace, que j’avais fabriquée sous l’ancienne depuis quelques mois, est un peu froissée. En me gonflant d’eau, je la défroisse et elle se retrouve donc plus grande que l’ancienne. Je n‘ai plus qu’à patienter pour qu’elle devienne bien dure en s’imprégnant de chitine et de carbonate de calcium. Après cette mue qui m’a bien fatigué, ma chair gorgée d’eau n’est pas très ferme et vous serez déçus si vous me dégustez.

 

 

Photographies: C. Chauvet

Je peux aussi vous raconter un phénomène assez éprouvant, l’accouplement (dure, dure la vie de crabe !).
Disons, un accouplement périlleux avec accrochage sur le dos de la femelle avant sa mue et renversement complet, face à face, juste après sa mue, afin de profiter de sa souplesse.
Moi, le mâle, j’ai mué depuis longtemps et ma carapace est bien ferme ainsi que mes deux pénis. Les deux conduits génitaux de ma femelle peuvent alors recevoir mes gamètes. Les ovules qui remplissent ses ovaires (le rouge, quand elle est cuite) seront fécondés longtemps après l’accouplement car ils restent en réserve dans une spermathèque.
Les oeufs fécondés iront migrer sous son abdomen dont la forme élargie et arrondie est « étudiée » pour ça. Ils resteront en contact avec l’eau de mer pendant quelque temps. De ces oeufs sortiront des larves planctoniques microscopiques dont la métamorphose donnera des jeunes crabes. Ces larves, très nombreuses, serviront de nourriture à d’autres animaux. Nous délaissons complètement notre très nombreuse progéniture, tant pis si elle est très mal élevée !


La bernique ou Patelle (Patella vulgata)

Photographies: C. Chauvet

Photographies: C. Chauvet

Les Vendéens m’appellent « bernique » et les estivants « chapeau chinois » ! En fait, mon nom français est Patelle et j’ai autant de ressemblances avec un chapeau chinois qu’avec une vache normande !
Eh oui, toute ma vie, je m’active à brouter. A marée haute, je broute les algues microscopiques plaquées sur le rocher en laissant de jolis dessins sinueux, mais je peux aussi consommer des algues plus grosses. Avec mes « cousins » les bigorneaux et les escargots qui, comme moi sont des Mollusques Gastéropodes, je broute, grâce à ma langue râpeuse appelée radula.
Vue au microscope, on dirait une râpe à fromage et on peut comprendre qu’en faisant des mouvements de bascule avec la langue, elle râpe. Les dents qu’elle porte sont microscopiques et s’usent très vite, d’où une régénération progressive par l’arrière de cette radula qui fait 3 à 5 cm de long.
Comme les escargots, j’ai un pied musculeux sur lequel je peux glisser.
Le mien, plus arrondi, a l’avantage d’agir comme une ventouse. En contractant les muscles qu’il contient et en sécrétant un mucus collant, je me plaque solidement au rocher à marée basse. C’est vrai, personne ne me voit bouger, sauf quelques prédateurs armés d’un couteau qui viennent me décoller. Pourquoi donc me

Photographies: C. Chauvet

Photographies: C. Chauvet

coller si fort au rocher ?
À part les humains, je ne crains personne ! Toutefois, je risque ma vie si je laisse ma coquille se soulever à marée basse.
En effet, je possède, autour de mon corps, une cavité palléale dans laquelle se trouvent mes branchies.
Comme pour la majorité des animaux aquatiques, elles ne peuvent faire des échanges gazeux respiratoires qu’avec l’eau.
Ça y est ! C’est facile à comprendre ! Je me plaque au rocher pour garder de l’eau et rester en vie jusqu’à la prochaine marée haute.
Élémentaire, n’est-ce pas !

Catherine CHAUVET