Rubrique : Bulletins 2012

Bulletins 2012 Histoire - Récits - Mémoire

Le parler des marins locaux

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Maurice Guittonneau a dressé un lexique qui s’enrichit tous les jours, nous poursuivons ici la publication d’extraits de ce lexique. V.I.E. vous invite à le compléter.
A Vous !

  • Gueudé ………Se dit quand il en est plein en un lieu (il en est gueudé) ou être gavé (je suis ou il est gueudé)
  • Gueuse (f)…. Poids (pierre, ciment, bouquet de chaînes, autres) fixé sur un orin muni d’un flotteur (bouée) qui sert à maintenir les engins de pêche dormants, palangres, filets et autres
  • Gut’ (m) …… Fil d’un seul brin, autrefois en crin, actuellement en nylon, qui sert généralement à monter les hameçons sur des lignes ou palangres
  • Gros ventre (m)…crust… Crevrette de rivière
  • Goulet’.(m)……. Entrée, passage étroit qui sert à pièger les crustacés,poissons dans les casiers et filets
  • Goulu-e- d’avoyette … Grande goule, bavard
  • Grenasse (f)…. Averse, un grain..
  • Goindrou … Plein de vase, sale….
  • Gadreuille (m)…. crust… Petit crabe noir de rocher (à forme carrée)
  • Grelé..aïl… se dit des crustacés lorsqu’ils portent leurs oeufs en externe
  • Godaille (f)…. Part de poisson retenue sur la cotriade pour la consommation de l’équipage au café au retour de la marée de pêche (surtout l’après-midi)
  • Gobeuille (f)…. Déchet, carapace vide de crustacés, huîtres, moules …
  • iein pi deux ……Expression démonstrative. Lors d’une conversation avec une tierce personne : constat qu’il y a à foison de coquillages ou de choses à ramasser. On ramasse, on ramasse et il en reste toujours – «Bon sang, il y en a iein pi deux».
  • Josia (m)….. crust… petite étrille (pêchée dans les casiers à crevettes)
  • Jambe ….. Patelle (bernique)
  • Land’corde (m)..Palangre de côte. Utilisée pour la pêche sur l’estran ou en rivière
  • Loubine (f)…..pois. le Bar
  • Loche (f)…….pois. Chat de mer
  • Limée (f)……Longue irisation sur l’eau, longue traînée d’algues ou autres sur l’eau
  • Lucet’ (m)…. Partie du casier qui sert au passage des crevettes, crabes pour les piéger
  • Lame (la)… une Houle régulière qui déferle sur la côte
  • Moucque (f)…Coq.. la Moule
  • Mâcre (f)…coq. Pousse-pied (Anafite)
  • Marques (f)…Alignements, relevés, repaires (bois, clocher, dune, maison,….)
  • Maraîchine (f)… Gros nuage qui monte à l’horizon qui annonce un grain
  • Marache (f)….poiss …Lotte (ci-dessous)
  • Margatte (f)…poiss ….Seiche
  • Matte (f)……. Banc de poissons apparent en surface de l’eau
  • Morte …… Se dit de la mer quand elle est très calme et par de même qu’il n’y a rien à pêcher,(la mer est morte).
  • Mange-merde (m)… oiseau, Labbe : gros goêland noir de la famille des stercoraires qui se nourrit de proies arrachées aux autres oiseaux marins
  • Moque (f) …..Verre de vin, ou autre
  • Marcibré ……. Plein de douleurs
  • Martourit’ ……plein de bleus (meurtri)
  • Mottée (f)……parcelle de culture enclavée dans les dunes (bossis)
  • Meille ou Meuil (m)…Poiss. un Mulet
  • Mouver (faire)… Lorsque les poissons sont au repos ou en cache c’est le fait de l’entrée de ceux-ci en activité dû aux changements, de marée, de température de l’eau …du départ des prédateurs
  • Mouver (les fonds)…C’est le fait de changer la nature des fonds marins, suite aux tempêtes, aux changements de courants marins…
  • Mangeaison .(f) … qui se dit de la nourriture des poissons qui varie selon l’espèce et la grosseur des prédateurs
  • Nappi * …. Etre trempé par la pluie au travers des vêtements, jusqu’à la peau, trempé à la pia

M. Guittonneau
http://unepassion-marinpecheur.blog4ever.com

Bulletins 2012 Histoire - Récits - Mémoire

un nouvel éperon dans la baie d’Adon

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Après l’éperon Pontchartrain, les capitaines de navires du port de Croix de Vie ont réclamé la construction d’un éperon intérieur afin de sécuriser la baie d’Adon. (Actuel «vieux mole» face à la mairie). Cette construction a marqué une étape importante des aménagements successifs du port que Pierre Caillet fait remonter à 1559.
– 28 floréal an XIII Les capitaines des ports de Croix de Vie et de Saint Gilles ont su convaincre. Charles Prépetit, ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées au Sables d’Olonne est chargé d’un projet d’éperon qui « devait avoir pour double motif de mettre à l’abri du courant un certain nombre de bâtiments qui ne voulaient pas remonter jusqu’à Saint Gilles et en outre de diriger le courant sur un banc de sable qui avançait journellement sur le chenal et augmentait les sinuosités». Il recommande la construction d’un éperon intérieur dans la baie d’adon. Il en précise même les dimensions : 10 m de long et 4,86 m de haut depuis les fondations. Les parois devront avoir 2 m d’épaisseur à la base. Un rebord de 1,32, devrait en couronner le sommet. Le tout devrait être parementé en pierres de Saint Savinien. Le coût estimatif s’élèverait à vingt cinq mille cinq cents francs. Transmis à la Chambre par l’ingénieur en chef Duvivier, ce projet fut approuvé et la construction entreprise dans la foulée. Le chantier n’en était qu’à moitié mené à bien que déjà les marins et les armateurs en appréciaient les effets. Ils complétèrent cet aménagement en faisant implanter une douzaine de pieux d’amarrage et une rotonde de touage construite en 1806 qui aidait au halage des navires. Les marins ne verront la fin du chantier que 5 ans plus tard.
17 février 1808
Les capitaines de navires adressent une pétition à l’ingénieur Dorot : «Il serait de la plus grande urgence que l’on fît creuser l’endroit appelé l’Adon près de la jetée que l’on se propose de faire (achèvement de l’éperon intérieur) pour y placer les bâtiments de l’état et du commerce. Il n’y a pas de site plus avantageux pour le commerce et pour placer les bâtiments qui ne peuvent trouver de place ailleurs et faciliter le départ des bâtiments».
25 février 1808
L’ingénieur Dorot transmet cette pétition à sa hiérarchie assortie de son commentaire : « Le port de Saint Gilles n’est pas si bon que ça. La rade est mauvaise et recèle des hauts fonds ». Il enfonce le clou en rappelant les travaux déjà réalisés : Réparation du mole à l’entrée du port, dérochement pour régulariser le chenal, nouvel éperon en construction dont l’achèvement ne lui parait pas urgent. Pour finir, les crédits seront transférés aux Sables d’Olonne.
1er décembre 1809
Jean Ingoult, armateur et maire de Croix de Vie adresse au préfet de Vendée une lettre véhémente qui dénonce en termes vigoureux le parti pris de l’ingénieur des Chaussées Dorot au détriment des intérêts des capitaines du port de Croix de Vie et des armateurs.
28 décembre 1809
L’ingénieur en chef Duvivier répond au préfet qui l’interroge à propos de la lettre de Jean Ingoult et des travaux réclamés. Il ne les conteste pas et déplore les mauvaises relations entre les maires des deux communes de Croix de Vie et de Saint Gilles.

31 août 1811
Mr Berthelot, receveur des domaines adresse un rapport à Mr Montalivet, ministre de l’intérieur, des ports, de la construction navale impériale, de la marine et aux voyages d’Amérique. Il rappelle l’ancienneté du port qu’il fait remonter au XIème siècle. Il évoque les privilèges accordés à la Dame de Martigné (Marie de Beaucaire) par Henri IV. Il souligne que le port ne comporte pas de bassin. Il le décrit formé d’un chenal qui commence à l’éperon du quai neuf (éperon de Pontchartrain) et se prolonge jusqu’au quai de Saint Gilles. Selon lui le port peut abriter de 90 à 100 bâtiments et caboteurs de 25 à 80 tonneaux. Il signale que de ses chantiers de construction navale sortent des navires destinés à la pêche à la morue. « Lorsque nous aurons conquis la paix maritime, il sera possible alors de rétablir, avec peu de dépenses et encouragements donnés par l’état, ce havre qui est plutôt havre de barre que havre d’entrée. La barre éprouve des déplacements assez fréquents et la passe est tortueuse. L’entrée défendue par deux batteries de fort calibre en nécessite une troisième qu’il conviendrait de placer (…) à distance au lieu appelé la Sauxai. L’oeil le moins exercé adopte d’abord l’indispensable nécessité de construire un contre éperon* vis-à-vis et en face de celui existant et connu sous le nom de l’éperon du quai neuf. Il produirait un resserrement forcé du courant intermédiaire. Il occasionnerait, lors des grandes marées surtout, un raz des plus violents et des plus rapides dont l’effet serait de curer et nettoyer le fond du chenal sur toute la longueur. Sinon dans 100 ans ce sera l’obstruction complète par les alluvions de la rade, l’une des plus sûres de la côte contre l’ennemi et les coups de vent ». Il recommande que les deux communes de Saint Gilles et de Croix de Vie soient réunies afin de mieux tirer partie, ensemble, des opportunités du site. Monsieur Berthelot sera entendu. Une carte hydrographique de Beautemps-Beaupré permet d’identifier le « môle de l’Adon » qui sert à l’accostage et à l’embarquement.
* Future « guillotine » en bout du quai Menier

6 août 1814
Un devis de 4500 Frs concerne la reconstruction d’une rotonde de touage..

27 janvier 1815
L’ingénieur Daudin expose au préfet les conséquences de la forte tempête du 27 janvier 1815. « L’avarie qui vient
d’avoir lieu sur cette dernière côte, de l’étendue du goulet formé par l’ancien môle et les
dunes, devait tôt ou tard avoir lieu lorsque les vents seraient de la partie du S/Sud Ouest. L’étranglement du goulet ou passe occasionné (…) ne l’avait pas fait jusqu’à il y a 3 mois lors de ma dernière tournée.

1816
Un devis de trois mille neuf cent dix sept francs du sieur Guillerot concerne la construction d’une nouvelle rotonde surmontée d’une pièce de touage. Prévue depuis 1814, sa construction se fait attendre à l’embouchure du havre de Vie sur l’ancienne rotonde,
écroulée, dont les matériaux devaient être réemployés. Un local technique et de gardiennage ainsi que des pieux d’amarrages étaient prévus. Jean Ingoult critique vertement ce coût dans une lettre au préfet qui motivera la visite de l’ingénieur en chef. Visite à laquelle il ne sera pas convié à sa grande indignation.
A partir de cette date l’essentiel des travaux sera motivé par la nécessité de signaliser l’entrée du port, d’abord par un fanal, sur le grand môle en 1845 en même temps que fut construite la maison du gardien. En 1875-1878 ce sera la construction de deux phares d’atterrissement : le petit phare construit à l’intérieur de la baie d’Adon formera l’alignement avec le grand phare édifié à la périphérie de Croix de Vie, rue Henri Raïmondeau.

Le plan Bégon de 1610 signale déjà deux balises implantées approximativement à l’emplacement actuel du grand phare. Dans le même temps la lutte acharnée contre l’ensablement et les effets de barre se poursuivront. Nous lui devons, en 1837-39 le quai Menier desrtiné à retenir les sables de la Garenne et obtenir un effet de chasse, et en 1882 l’éperon de Boisvinet qui provoqua l’ensablement de la plage.
Autre histoire….

Jean Georger

Sources : – Extraits des archives des Ponts et Chaussées de Vendée réunis par la Direction Régionale des affaires culturelles des Pays de Loire
– «L’équipement de Vendée, pages d’histoire». Vendée Patrimoine avec le concours des archives départementales de Vendée- 1998. Illustration : Photos de R.Bousquet
– «Ensemble écrivons l’histoire». Document provisoire réalisé en 1997 par Pierre Caillet au titre de la Direction Départementale de l’Equipement de la Vendée

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La dune de la Garenne de Retz

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La dune de la Garenne de Retz remonte, probablement, au XIIIe siècle, au cours duquel la flèche de sable issue de la Sauzaie s’est allongée le long du plateau de Saint Gilles et a obstrué la baie du Jaunay la transformant en marais salant.*Des archives établies par frère Maximin de la Communauté de Saint Gabriel (Nantes) permettent de situer le premier acte juridique faisant mention de la Garenne et dont voici quelques extraits : « au 1er octobre 1321 Girard III Chabot, seigneur de Retz donne en usufruit sa garenne à connins (ou connils=lapins) située entre Machecoul et la Chaume.*La fille de Girard III épousa Foulques de Laval, aïeule de Gilles de Rays, le célèbre Barbe Bleue dont la fille, Marie de Rays, épousa successivement, Prévent de Coëtigny, grand amiral de France, puis en 1450, André de Laval, sire de Lohéac. La Garenne fut ensuite détachée de la seigneurie de Retz, pour devenir du domaine de la Mothe Achard. Enfin, en 1599, Henri de Bourbon, duc de Montpensier, en vendant à Vincent de Bouhier la Châtellenie de la Mothe Achard et celle de Faleron et de Maurière, lui céda en même temps la Garenne de Retz –avec tous les droits de ladicte Garenne, nauffrages, bris de mer et droits d’ancrage- Depuis cette époque la Garenne a toujours appartenu au domaine de Beaumarchais».Le cartulaire du Bas Poitou (Marchegay) et le «rouleau d’Apremont» de la plume de Jehan le Florentin en 1542 donnent les premières représentation de la Garenne.

A l’époque, le puissant seigneur d’Apremont, proche de François Ier ne voyait en Saint Gilles que l’avantport d’Apremont dont le trafic était gêné par une barre sableuse à l’entrée du havre, responsable de nombreux naufrages, et par une rupture de charge au Pas Opton. Il invita Jehan le Florentin à dresser un état des lieux et à concevoir le moyen de rendre la Vie navigable jusqu’à Apremont. Radical, Jéhan le Florentin proposa de percer les dunes de Retz afin de créer un accès direct de la Vie à la mer au risque d’exposer le port aux violences des vents et de la houle. Projet sans suite, fort heureusement, ainsi que la carte «Mercator» des côtes de France en 1585 en témoigne. Cette anecdote illustre bien à quel point l’histoire de la dune de la Garenne est liée à celle du port. Saint Gilles fut un port de commerce florissant aux XVIIe et XVIIIe siècle. Son activité portuaire a été relayée au XIXe siècle par la pêche, faisant de Croix de Vie un port à part entière jusqu’à ce que la plaisance ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de Saint Gilles- Croix de Vie au XXe siècle.

En 1622, la dune de la Garenne de Retz joua son rôle pendant les guerres de religion. Le Prince de Rohan, seigneur de Soubise avait alors entrepris l’annexion du Bas Poitou dans le but de créer des terres protestantes. Battu par Louis XIII à Notre Dame de Riez. Il n’eut la vie sauve qu’en passant la Vie, à gué, avec 150 cavaliers. Fuyant à travers la dune de la Garenne de Retz vers Brétignolles, il laissa derrière lui 15000 fantassins, massacrés par les habitants.

L’hiver 1747-1748 fut redoutable pour la dune de la Garenne de Retz. Une brèche de 30 toises (58 m) l’entailla à son point le plus faible, (à l’extrémité nord de la Villa Notre Dame). Là où précisément, Jéhan le Florentin recommandait de faire la percée. On entreprit de combler la brèche avec les sables éoliens en favorisant leur capture au moyen de branchage de pins empilés et entremêlés dans cette fosse dite depuis «la coupe aux sapins».

En 1837-1840, la pointe de la Garenne est bordée partiellement par un ouvrage en pierres de taille, le quai  Meunier, destiné à empêcher le sable de la dune de tomber dans le chenal.

Le 6 novembre 1853, Auguste Messager, Maire de Saint Gilles, intervient auprès du Préfet et du Conseil Général afin que la dune de la Garenne de Retz «soit soustraite à la commune de Brétignolles pour être jointe à celle de Saint Gilles» dans le but d’empêcher, sur cette dune, les divagations d’animaux qui, détruisant sa couverture végétale par leurs piétinements, en favorisaient l’érosion et augmentaient les apports éoliens de sables dans le Jaunay et la Vie.

Le 27 janvier 1855, un décret impérial donne satisfaction à Auguste Messager qui dès le 4 juin 1856, fait approuver par le conseil municipal de Saint Gilles un arrêté réglementant les bains de mer, à la pointe de la mode lancée par l’impératrice Eugénie. Tel était le véritable objectif de Auguste Messager. Une passerelle jetée sur le Jaunay permit enfin à la commune de porter secours aux bateaux drossés sur la plage lors des tempêtes d’hiver.

Dès 1862, des chalets se construisent sur la dune au creux de ses bourrelets de sable. Un puits d’eau douce est creusé à 50 m des limites de marée.

Le 23 juillet 1863, Edmond M-L Baudouin lance la station balnéaire de Saint Gilles.

En 1866 l’ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Dingler, dresse un état des lieux et préconise de sécuriser les accès au port en prolongeant le quai Meunier sur 400 m, débordant de 100 m la laisse de basse mer, dans le but de retenir la dune tout en sécurisant le chenal. En 1894-1895, le docteur Abélanet, convaincu du rôle thérapeutique de l’air marin et du soleil, lance la construction de la Villa Notre Dame avec l’appui des soeurs de Saint Charles.

De 1941 à 1944, 60 blockhaus sont construits à Saint Gilles Croix de Vie*. 11 casemates et 5 blockhaus sont enfouis dans la dune de la Garenne, reliés par des souterrains de liaison et, en surface, une piste en béton le long du haut de dune. 1950, cette piste est utilisée pour la reconstruction de la jetée détruite par l’armée d’occupation. L’habitude se prend de venir en voiture jusqu’à la pointe de la Garenne et d’investir la dune qui se dégrade à force d’être piétinée sans aucun ménagement.

1962 et 1966, des travaux de consolidation de la dune se poursuivent.

Décembre 1978, la tempête attaque le perré en face de la Villa «Rochebonne». Des enrochements, en épi, sur 100 m, sont placés sur l’estran, au nord de la Villa Notre Dame. Dans le même temps, la dune de la Garenne, privée des apports éoliens qui glissent sur la route faîtière de béton jusqu’au port, s’affaisse de plus en plus. Le port exposé aux vents et aux sables nécessite des dragages qui, outre leur coût, ont le grave inconvénient de ronger le pied de la dune qui, s’effondrant dans le port, en aggrave l’ensablement.

1973 et 1974 voient se succéder les tempêtes qui vont convaincre le conseil municipal du 11 juin 1976 de réaliser en urgence un perré en béton complété d’une promenade de 206 m de long sur 4 m de large pour renforcer le perré de 1925 devant la Villa Notre Dame.

De 1974 à 1978, les «immeubles Merlin» et ceux d’entrepreneurs locaux, s’édifient sur la section sud de la dune de la Garenne de Retz derrière un remblai de 320 m protégé par un
nouveau perré de 177 m. En 1976, la mer contourne l’extrémité sud du perré. Le groupe Merlin n’hésite pas à colmater la profonde érosion maritime creusée dans la dune et la plage en y déversant des sables pris sur le cordon dunaire. En 1977 cette entreprise édifie un muret de protection empiétant sur les terrains repris par la mer. Les autorités maritimes en prennent acte. Le perré de 180 m rejoignant le cordon dunaire fait ainsi un angle de 10° qui concentre la rage des vagues à marée haute pour le plus grand plaisir des surfeurs.

De 1978 à 1981, Jean Marcel Couradette, alors conseiller municipal et secrétaire général du Comité de Protection de la Nature et des Sites, entreprend la restauration de la dune de la Garenne de Retz (5 ha) avec l’accord tacite des propriétaires, l’appui de la mairie et le concours des enfants des écoles. Cette solution douce, à contre front des interventions lourdes précédentes permettra, en plusieurs hivers, de résoudre durablement la dégradation de la dune et l’ensablement du port en plantant 250 000 pieds d’oyats derrière 7 Km de barrières brise vent dressées selon les courbes de niveaux qui piègent et stabilisent les sables éoliens. En 1980, «Année de l’Arbre», 1000 arbres sont plantés côté port. Cette initiative associative de longue haleine permit au CPNS de recevoir le Grand Prix National de la Fondation Internationale de l’Environnement en 1986. Roland Paskoff, Président de la Commission sur l’environnement côtier de l’Union Géographique Internationale, venu constater sur place le succès de cette restauration de la dune bordière, a salué l’originalité de la démarche qui avait su utiliser les phénomènes naturels avec des moyens modestes et mobiliser la contribution suivie des écoliers encadrés par un corps enseignant convaincu de la portée de cette leçon écologique et citoyenne. Hiver 1997-1998, le perré est secoué par l’assaut des vagues. Il est alors décidé de consolider le perré par la  pose d’une «peau» de béton constituée de plaques assujetties sur du béton coulé sur un treillis métallique.

29 décembre 1999, une tempête sans précédent traverse la France en diagonale, du Sud ouest au nord est, couchant forêts, détruisant des centaines de pylônes électriques, arrachant les toits des édifices et des habitations sur son passage. Saint Gilles Croix de Vie paie son tribut en dégâts matériels. Le haut de plage est vidé de son sable que la mer restituera en un mois. Au cours du 1er trimestre 1999, 100 m de très gros blocs sont posés à 10 m du pied du remblai afin de lutter contre son amaigrissement. 2003, l’aménagement de la promenade Marie de Beaucaire, en pied de dune, côté port, veut respecter l’aspect naturel de son parcours de 1200 m ponctué par 5 escales de repos.

De 2007 à 2010, une reprise de la «peau du perré» sur l’extension sud et un aménagement du remblai en promenade achèvent d’affirmer la vocation balnéaire de la commune. 28 février-1er mars 2010, la tempête Xynthia marque un changement d’échelle significatif. De nouveau la dune est entamée sur 10 m de large, créant une falaise de sable entaillée de brèches profondes rappelant les descriptions d’antan. Côté port, les hasards de l’orientation des vents ont cette fois ci limité nos peines à des dégâts matériels sans parvenir à nous faire oublier les 53 morts que cette tempête a infligés à L’Aiguillon sur Mer, et à La Faute- sur- Mer pour la seule Vendée.

Xynthia a mis en évidence que la dune de la Garenne ne permet pas de faire l’impasse des travaux d’infrastructures permettant de mieux protéger les habitations et les habitants des risques de submersion. Depuis lors, la végétation dunaire réinvestit lentement le pied de la dune de la Garenne et contribue à la stabilisation des sables qui en font de la dune de la Garenne la protection naturelle du port et le monument naturel emblématique de Saint Gilles- Croix de Vie.

2011 – Verra l’achèvement du programme d’aménagement du remblai sans pouvoir prétendre retirer à l’océan ses droits discrétionnaires sur le trait de côte.

M.Boulègue

* Joël Crestois « Du Pays de Riez au Pays de Brem,
Côtes de Vendée » Cercle de recherche sur l’histoire
et le patrimoine de al Vendée –3éme trimestre 2001
*Cf documents établis par Marcel Tromeur- archives
municipales série 3H222 et étude CHTS 1999 :2002
de Christophe Vidal in « La Vie Littorale –Diffusion
Sodi. Illustration : carte Mercator et photo de la dune
après Xynthia.Photos de V.I.E. Illustrations : photos
personnelles.