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Auteur : association VIE

Bulletin 2018 Les dossiers de V.I.E

Connaissez-vous «L’Incroyable Jardin de Monsieur Torterue»?

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  • Incroyable,  pour  «Incroyables  Comestibles», ce mouvement mondial qui s’est donné pour rôle de créer de la solidarité et de la convivialité, autour de la nourriture, dans des espaces publics cultivés par des habitants selon des principes respectueux de l’environnement. [1]
  • Incroyable, comme l’abondance généreuse que nous offre la terre, lorsque nous en prenons soin.
  • Incroyable, comme les fruits et légumes, qui protègent si bien notre santé…

Sources : Archives du diocèse de Luçon dont l’hebdomadaire « La semaine catholique» imprimé à partir de 1877 ; Archives municipales ; livres ; articles de presse ou autres documents des époques concernées etc

Quant à Torterue, c’est le nom de ce notable Challandais qui, le 23 août 1884, léguait par testament sa fortune aux deux communes de Saint-Gilles-sur-Vie et de Croix-de-Vie, pour la construction d’un bâtiment destiné à l’accueil des malades pauvres « âgés de plus de 7 ans, et résidents depuis au moins cinq ans dans l’une ou l’autre de ces communes ». [2]

Le projet architectural, daté de 1897, se composait d’une bâtisse, logeant pensionnaires et personnels soignants, et d’un jardin, permettant à cette communauté de consommer ses propres fruits et légumes. [2]

L’hôpital ainsi créé fut inauguré en 1889. Agrandi et modernisé plusieurs fois, il abrite aujourd’hui un Etablissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). L’ensemble est rattaché au Centre Hospitalier- Loire Vendée Océan (CH-LVO).
Belle coïncidence, qu’un siècle plus tard notre regard se soit porté sur cet espace pour y établir notre verger potager !

Beaucoup de gens nous interrogent lorsqu’ils passent devant le jardin. Qui êtes- vous ? Que faites-vous ? Pourquoi ? Comment ? Nous espérons que cet article répondra à quelques-unes de ces questions.

 

Nous sommes un collectif de volontaires, réunis autour d’un projet, accepté par la direction du CH-LVO. Ce projet s’articule autour de trois objectifs :

  • Social : par la rencontre et l’accueil amical de tous les publics, par l’aménagement d’un lieu de vie ouvert contribuant à l’animation du quartier et au bien-être de ses habitants.
  • Economique : à travers la production et la mise à disposition gratuite de légumes et de fruits sains et goûteux, et avec l’utilisation prioritaire de matériaux récupérés et recyclés.
  • Environnemental : par des pratiques culturales à faibles intrants, économes en eau et en énergie,  respectueuses du sol et de la biodiversité.

 

Notre souhait est de susciter des projets analogues, pour aller ensemble vers une ville comestible. [3] et [4]
Une convention, passée entre l’Association V.I.E. et le CH-LVO, fixe les modalités de mise à disposition des terrains et de leur utilisation.
Elle valide notre choix d’une organisation minimale, souple et légère, basée sur la participation de tous les habitants qui le souhaitent, sans adhésion préalable, et reposant sur deux comités :

  • un comité de pilotage de cinq membres : un représentant du CH-LVO, deux représentants de V.I.E., et deux membres du collectif. Il fait le lien entre l’Hôpital et les « jardiniers », contrôle la bonne observance des règles.
  • un comité d’organisation et de réalisation : chargé de l’élaboration des plans du jardin, des plannings, de la préparation et de l’organisation matérielle des chantiers, de la communication, des contacts avec les partenaires… en fonction des jardinières-iers présents. En résumé, de la vie quotidienne du jardin.

Toutes les séances de ce comité sont ouvertes à tous, jardinières et jardiniers, et tous les avis et propositions sont écoutés.

Une assemblée annuelle des jardinières et jardiniers, ouverte à la population, permet d’ajuster le fonctionnement du collectif et de passer un moment convivial.

Pour mettre en œuvre nos objectifs, nous organisons un chantier mensuel (un samedi en général) et un atelier hebdomadaire (le mardi après-midi). L’ensemble de ces activités est ouvert à tous.

 

Nos activités et réalisations depuis la création du collectif à l’automne 2016 :

  • élaboration d’un plan, avec l’aide de Gaëtane de La Forge du Centre d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de Vendée (CAUE 85), de deux stagiaires du Centre de Formation Professionnel et de Promotion Agricole  du Lycée Nature de la Roche sur Yon (CFPPA Nature), Daniel Parolo et Sophie Anfray, et de deux professionnels des espaces verts, Pascal Naud et James Pelloquin.
  • en parallèle, étude de l’amélioration de l’accessibilité des allées pour les personnes à mobilité réduite, avec Louis Toupet de l’Association des Paralysés de France.
  • réalisation progressive du plan, à partir de novembre 2016 jusqu’à aujourd’hui. (se référer aux lettres sur le plan ci-joint)
  • création d’une lasagne – butte de culture formée d’une accumulation de matériaux organiques compostés sur place- le long du mur de clôture sud (A) que nous avons plantée de framboisiers, groseilliers, légumes et plantes vivaces ornementales.
  • arrachage d’une haie ornementale vieillissante, masquant la vue sur le jardin, et broyage des rameaux, transformés en Bois Raméal Fragmenté (BRF) utilisé ultérieurement en paillage pour nourrir le sol, diminuer les besoins en eau, limiter la compétition par les herbes indésirables, etc.…(B).
  • plantation sur l’emplacement de cette haie, d’un mélange de légumes et fleurs variés et de cassissiers. (B)
  • une terrasse a été plantée d’aromatiques, de fleurs parfumées et de fraisiers (C) accessibles depuis un fauteuil roulant.
  • création d’une butte de culture auto-fertile (D) et d’une lasagne associée (E)
  • réalisation d’une table mixte, adaptée aux personnes en fauteuil roulant (F) et d’un banc (G) par le CFPPA Nature.
  • plantation d’arbres et arbustes fruitiers cet automne, aux emplacements consacrés (8, 9 et 10). A continuer.
  • et bien sûr, entretien courant les mardis après-midi.

L’échange de savoirs est un de nos objectifs importants. Au cours de l’élaboration des plans, nous avons beaucoup appris de nos partenaires.
En retour, nous avons participé à la formation de stagiaires adultes du CFPPA Nature, comme maîtres de stage et le jardin a servi de support de formation pour une dizaine de stagiaires adultes lors de quatre jours de chantier-école et pour une classe d’apprentis du CFA nature (Centre de formation des apprentis de la Roche sur Yon).
Nous avons également organisé une journée « Jardin ouvert » en juin, pour expliquer nos pratiques et leurs raisons d’être aux personnes intéressées.

Nous profitons de diverses occasions pour informer autour de ce projet

  • présence à deux manifestations des « Jardins de demain » à Bretignolles-sur-Mer.
  • participation, sur le stand de l’association V.IE, au Forum des associations et à la Journée du Patrimoine à Saint-Gilles-Croix-de-Vie

Qui fréquente notre jardin ?

  • des résidents de l’EHPAD: onze animations au jardin ont été organisées par les personnels cet été et le kiné de l’établissement l’utilise ponctuellement.
  • les personnes accueillies à l’Association de Maintien à Domicile des personnes âgées (AMAD) proche.
  • les familles en visite, avec leurs parents.
  • des habitants traversant le jardin au cours de leurs balades quotidiennes

Légumes et surtout petits fruits ont eu beaucoup de succès.

Et maintenant quel est notre programme

  1. Nous continuerons à mettre en place les éléments prévus dans le projet :
    Notre priorité, cette année, sera de travailler à l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, ce qui demande des moyens conséquents.
    La nécessité d’une cabane est confirmée (rangement des outils, de petit mobilier, de plants et de graines)

Enfin, nous comptons poursuivre les aménagements destinés à rendre le jardin plus accueillant pour ses visiteurs. C’est pourquoi, dès cet hiver, nous travaillerons sur les dossiers de conception et d’autorisation concernant la cabane, les arches et pergolas et réfléchirons à leur financement.

  1. Nous prendrons contact avec les écoles, leur proposerons des animations en rapport avec leurs projets pédagogiques et nous les inviterons à cultiver avec nous.
  2. Nous avons également des projets en lien avec nos partenaires : reconduction des actions passées et nouvelles actions envisagées, dont :

avec le SAGE Vie et Jaunay, participation aux journées « Bienvenue dans mon jardin naturel » organisées par l’Union nationale des Centres Permanents à l’Environnement.

– avec le CAUE : nous avons déposé une demande auprès de la DRAC, de manière à participer aux journées « Les Rendez-vous au jardin»,

– avec la mairie, nous participerons à l’ouverture des serres municipales, si l’évènement est reconduit cette année.

Avec quels moyens ?
Notre projet s’est construit avec :

  • les dons des habitants du canton et au- delà (plants, graines, outils, ficelles, piquets, espèces, etc…), de quelques entreprises sollicitées (Pépinières Avrilla, Pépinières Boutin, La Roseraie de Vendée, Gamm vert, et Entreprise MORI BATI pour des dons en nature ou des remises sur factures). Que tous soient remerciés ici.
  • la récupération de matériaux (tontes de pelouses, cendres, cartons, branchages, crottin de cheval, palettes…),
  • les bras et les savoirs et savoir- faire du CFPPA Nature et des Incroyables Jardinières et Jardiniers qui constituent notre collectif.
  • le soutien actif, logistique et financier de V.I.E. et la vente de plants.
  • sans oublier l’aide inappréciable de la dizaine d’associations amies, qui relaient les informations sur le jardin, les dates des chantiers… et le soutien du CH-LVO et de la Mairie. 

CONCLUSION
Cette année, nous continuerons d’avancer au rythme des saisons et des engagements de chacun, en fonction des opportunités, des propositions, des rencontres…en nous entourant de partenaires pouvant nous conseiller et nous épauler dans nos réalisations.

Si nous n’avons pas l‘énergie, l’argent, les dons … les mains ou les bras nécessaires sur le moment, nous ralentirons : le jardin est une affaire de patience!

Nous avons déjà réussi à enrichir le cadre de vie des personnes âgées fréquentant le jardin, de couleurs, de senteurs, de textures, et de plantes gourmandes propres à leur plaire.

Nous ferons de nouveau appel à vous tous, citoyens, entreprises, institutions, pour faire de ce jardin un lieu de vie apprécié et un outil de sensibilisation à l’environnement, ouvert à tous. D’avance merci !

BOUFFETJean-Paul, CHARRIER Jean-Louis, TRAMOY Michèle

 

[1]www.lesincroyablescomestibles.fr

[2] Rolande Berthommé, Les Origines de l’Hôpital local, Bulletin de V.I.E 2010 consultable sur http://association-vie-vendee.org/category/les-bulletins/bulletin-2010/page/2/

[3]http://www.mairie-albi.fr/lautosuffisance-alimentaire-%C3%A0-albi

[4]https://reporterre.net/L-autosuffisance-alimentaire-a-Albi-Dommage-c-est-du-pipeau
Bulletin 2018 Connaissez vous vos rues ?

CONNAISSEZ VOUS VOS RUES ?

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Rue de la Croix Dorion

La rue de la CROIX DORION, presque toujours orthographiée CROIX D’ORION par certains qui ont la tête perdue dans les étoiles des constellations d’Orion et de la Croix du Sud, tient son nom d’un curé-doyen de Saint-Gilles-sur-Vie qui l’a fit édifier voici près de deux siècles à la sortie du bourg, en pleine campagne à l’époque, à la croisée du chemin de Brétignolles (puis route des Sables, maintenant rue du Maréchal Leclerc de Hautecloque) et de trois chemins boueux quasiment impraticables en automne-hiver.

Cette rue est inscrite de façon erronée sur la carte géographique et les plans de la ville « Croix d’Orion », « rue de la croix d’Orion » et même « rue de la croix Orion » Le site internet Googlemap est le seul à avoir corrigé l’erreur. Pourtant, sur le terrain, l’ancienne municipalité avait fait apposer de nouvelles plaques indiquant « RUE de la CROIX DORION – Pierre Marie Léon DORION 1778-1876 – Curé de St Gilles de 1813 à 1842 ». Les cartes mentionnant la Croix d’Orion sont rares : la première semble être un plan cantonal de 1887. Un autre est dans un ouvrage du docteur Baudoin de 1928.

Pierre Marie Léon Dorion, né et baptisé le 29 juin 1778 à la Mothe-Achard, aîné d’une fratrie de huit enfants, était le neveu du premier maire de St-Gilles-sur-Vie, Jacques Cadou. Son père, Pierre François Marie DORION de la touche, cinquième d’une famille de sept enfants, était licencié es-lois, avocat et « syndic de la municipalité de la Mothe Achart ». Sa mère , était née Anne Jacquette PORCHIER de la THIBAUDIERE. Pierre Marie connut son premier malheur lorsque son père mourut le 28 janvier 1790, à l’âge de 40 ans, peu après le début de la Révolution. Puis, à quinze ans, alors qu’il faisait ses humanités à Nantes, Pierre-Marie apprit qu’un soir de 1793, des soldats « Bleus » avaient mis le feu au logis familial de la Touche après l’avoir pillé. Heureusement, la famille, enfuie depuis plusieurs mois, se cachait alentour. Après plusieurs changements d’asile, Pierre Marie dut quitter sa mère et, afin d’échapper aux poursuites se faire, pendant des mois, berger, bouvier, valet de ferme…

La guerre prit fin, laissant une Vendée exsangue. Mme veuve DORION put récupérer certaines propriétés et s’installa à la Grouinière de Coëx. En 1807, Pierre-Marie, âgé de 29 ans, pourtant bien doté financièrement par sa mère, envisageait la prêtrise. Il fut envoyé à Chavagnes- en-Pailliers pour recevoir une formation accélérée d’à peine deux années au lieu de cinq ou six et fut ordonné prêtre dans la cathédrale de La Rochelle le 1er avril 1809, âgé de 31 ans. Peu après il fut nommé en 1809 vicaire d’Aizenay et de Challans, en 1811, vicaire à Noirmoutier et en 1813 curé-doyen de Sain-Gilles-sur-Vie jusqu’à sa démission en 1842 et son installation à Saint-Gilles pour une longue retraite.

Saint-Gilles était un doyenné de quinze paroisses dont il avait la responsabilité et charge directe de quatre d’entre elles (Saint-Gilles, Croix-de-Vie, Le Fenouiller, Givrand sans vicaire pour le seconder. Menant une vie austère, il dut déployer beaucoup d’énergie dans les deux premières qui avaient été séduites par les idées révolutionnaires. En 1823, le préfet de Vendée le nomma d’office membre du conseil municipal et il dut prêter le serment de fidélité au roi Louis XVIII auquel succéda Charles X puis Louis-Philippe 1er en 1830(révolution de juillet) envers lequel il se montrait critique. Il fut « suspendu » du conseil municipal, ainsi que quatre autres.

En 1826, « année la plus consolante de son ministère », il fit venir une importante mission de quatre prédicateurs de Saint-Laurent-sur-Sèvre, très remarquée par l’évêché. En 1834, l’évêque du diocèse, lui conféra le titre de chanoine honoraire de la cathédrale à Luçon, titre purement honorifique accordé à des prêtres particulièrement méritants.

A partir de 1842, âgé de 64 ans, une surdité le contraignit à se démettre de sa cure et son successeur fut installé dès janvier 1843.L’abbé DORION demeura à Saint-Gilles jusqu’à sa mort dans sa vaste maison de la Charoulière », rue du Bois (future rue du Port-Fidèle). Sa présence est mentionnée à Saint-Gilles, sur chaque registre de recensement quinquennal de population, toujours aidé de deux ou de trois domestiques, de 1817 à celui de 1872. Le 8 août 1859, l’évêque vint, en personne, célébrer les noces d’or du prêtre, cinquantième anniversaire de son sacerdoce, lui qui la décrivit longuement dans l’hebdomadaire » la Gazette Vendéenne » du 20 août 1859 qui en fait sa Une.

L’abbé Dorion sut faire profiter les pauvres des revenus que lui procuraient ses biens, par l’aumônes ou des prêts quelquefois non remboursés. De ces quatre paroisses, l’abbé DORION avait une affection particulière pour celle de Givrand et avait réservé une partie de sa fortune pour y faire nommer un prêtre, lui procurer une cure et même une nouvelle église qu’il finança. Il ne put voir son œuvre accomplie car, après la surdité, il perdit la vue et ne put se promener qu’au bras d’un domestique puis dans un fauteuil roulant.
Il aida aussi par une somme importante à la restauration de l’église de Saint-Gilles que la municipalité avait entreprise en 1873 malgré des difficultés financières.

Il mourut le 4 novembre 1876 dans sa demeure de la rue du Bois, à l’âge de 99 ans, après une retraite de 34 années.

En 1877, Le conseil municipal eut connaissance, pour avis, de ses deux testaments, l’un olographe de 1865 et le second « en la forme mystique » de 1868 confirmant le premier par lequel il léguait sa vaste maison à la congrégation des sœurs de l’Immaculée Conception de Niort pour y ouvrir « une école primaire de filles mais aussi y établir soit un pensionnat de demoiselles, soit un ouvroir, soit une salle d’asile, ou toutes ces œuvres à la fois ». Il léguait aussi une métairie (la moitié des droits) de Saint-Georges-de-Pointindoux avec pour condition « que la Supérieure générale de la congrégation fasse dire tous les ans à perpétuité douze messes basses pour le repos de son âme ».

Du fait de l’ouverture préalable d’une école « Jeanne d’Arc » pour les filles, ce qui devait s’appeler « l’Asile Dorion » devint « l’Asile de l’Immaculée Conception » ainsi qu’en témoigne encore l’inscription sur le bâtiment redevenu une résidence privée depuis le déménagement de l’asile sur un nouveau site en 1995. Le nom du généreux donateur semble donc avoir été oublié. Oublié comme la croix qui, pour beaucoup n’est que d’Orion et non Dorion, une croix dite de mission édifiée probablement en 1826 à l’occasion de la venue de quatre prédicateurs, puis reconstruite en 1888 et qui servit ensuite, jusqu’au début des années 1950, de station pour des processions dont celles des « rogations » visant à favoriser de bonnes récoltes

Michel.Penaud@gmail.com

Ce texte est un résumé d’une étude plus détaillée de 14 pages (auteur Michel Penaud).
Sources : L’hebdomadaire « La semaine catholique du diocèse de Luçon » imprimé à partir de 1877 ; Archives municipales disponibles ; livres ; articles de presse ou autres documents des époques concernées etc. 
Bulletin 2018 Dossiers d'actualité

L’échouage des dauphins.

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Une triste découverte.

Dauphin échoué en février 2017 – Grande Plage de Saint-Gilles-Croix-de-Vie

Ce matin de février 2017, la grande plage de St-Gilles-Croix-de-Vie retrouve son calme après le passage tonitruant des tempêtes Kurt, Leiv et Marcel, qui, sans être exceptionnelles, se sont relayées pour balayer la côte atlantique et n’ont accordé de répit ni aux animaux ni aux hommes.(1)

Un chien court sur la plage, la truffe à l’affût des débris jonchant le sable. Soudain, avant de dépasser les rochers bordant la baie, il se fige et fait entendre un long hurlement. Une forme est allongée, immobile sur le sable mouillé, les contours doucement floutés par la brume, linceul diaphane. Il s’agit d’un dauphin, mort et échoué à la faveur de la première marée de la journée. Ni les goélands ni les crabes ne l’ont encore entamé.

Un phénomène récurrent.

Le Centre d’observation des mammifères et oiseaux marins de la Rochelle, Pelagis, se charge de le recueillir pour l’autopsier et analyser les causes de l’échouage. Car si le spectacle d’un dauphin échoué sur la plage est choquant pour le simple promeneur, il n’est pas rare, puisque, chaque année, environ 200 à 500 échouages de dauphins sont enregistrés sur la côte atlantique. Mais ce qui étonne les scientifiques, c’est le nombre important d’échouages constatés entre le 1er et le 10 février 2017, de la Loire à la Gironde, trente fois plus élevé que le niveau « normal», comme l’explique le centre Pelagis le même mois. En effet, durant le seul premier trimestre, la Vendée et la Charente-Maritime ont à elles seules cumulé près de 490 échouages. (2)

L’augmentation des échouages, phénomène naturel ou accidentel ?

Les scientifiques ont écarté l’explication tirée de la succession des tempêtes, qui n’ont eu qu’un effet « révélateur». En effet, les courants n’ont fait que pousser vers les plages du littoral les carcasses des dauphins déjà morts.

Les échouages recensés ne concernent pratiquement que la seule espèce des dauphins communs (98% des animaux examinés). Les premières études effectuées sur 68 dauphins révèlent que leur mortalité est due pour 85% à la capture accidentelle dans un engin de pêche, comme le démontrent les traces de fractures et d’amputations relevées par l’observatoire Pelagis.

En ce qui concerne la côte Atlantique, le système MOTHY (Modèle Océanique de Transport d’Hydrocarbures) a analysé les zones probables de mortalité accidentelle. Il s’agit soit d’une capture près des côtes de Charente-Maritime et de Vendée (30 à 80 km des côtes), soit une capture intervenue à proximité du talus continental (environ 150 km des côtes).

La principale explication avancée pour ces échouages massifs d’une seule espèce résiderait dans le fait que les dauphins communs et les bars «sélectionnent  »les mêmes espèces de proies ce qui pourrait les amener à se retrouver ponctuellement aux mêmes endroits où peuvent aussi figurer les bateaux de pêche», notamment ceux qui pratiquent la pêche au chalut pélagique en bœuf. Cette technique très pratiquée dans la région des Pays de la Loire permet l’utilisation de chaluts à ouverture plus importante, de manière alternative et donc un meilleur rendement. Cependant cette méthode ne permet pas de faire le tri entre les poissons recherchés (bars ou thons) et les dauphins, (3Dans le même temps, les pêcheurs exerçant dans cette zone remarquent depuis quelques années une augmentation significative du nombre de dauphins évoluant près de leurs bateaux. Ils se rapprochent de plus en plus des côtes, été comme hiver et ont même pu être observés de la jetée de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. En l’absence de données chiffrées exploitables, cette observation faite unanimement par les professionnels de la pêche nécessite d’être prise en compte, pour estimer l’impact des pratiques des pêcheurs sur l’augmentation du nombre des échouages.

La conservation de l’espèce est-elle en danger ?

Pour établir un état exact de la population de dauphins communs et son évolution, on dispose actuellement de données globales, établies par les programmes de recensement SAMM et SCANS. Selon eux, il y aurait 100 000 dauphins communs en été et 200 000 en hiver répartis du sud du golfe de Gascogne à la Manche ouest.

En revanche, il est actuellement difficile d’estimer le nombre d’échouages des dauphins sur les côtes atlantiques françaises (de 4 000 à 400 selon la méthode). Dans l’ignorance du réel quota de morts prématurées au regard du chiffre de la population, la réduction des captures accidentelles doit être impérativement recherchée, non seulement par précaution, mais également dans l’intérêt des pêcheurs.

L’intérêt des pêcheurs.

 Loin de se désintéresser du sort des dauphins qu’il leur arrive de ramener dans leurs filets avec les bars et les thons, les patrons-pêcheurs s’inquiètent de cette recrudescence d’accidents. En effet, non seulement l’équilibre du milieu marin peut se trouver menacé, mais eux-mêmes subissent d’importants dommages matériels et des pertes financières. Le même discours est tenu par Willy Dabin,

(Ingénieur à l’Observatoire pour la conservation des mammifères et oiseaux marins et au Réseau national d’échouage – RNE). « Pour un pêcheur, il n’y a aucun intérêt à remonter un dauphin, au contraire, confirme Caroline Mangalo, chargée de mission au Comité national des pêches maritimes et des élevages marins. D’un point de vue économique c’est dommageable, les dauphins pris dans les filets abîment le poisson et peuvent détériorer le matériel.» Et aucun pêcheur ne souhaite être associé à une image de « tueur de dauphins» (4). Les pêcheurs confirment cette analyse. N’oublions pas que les filets adaptés à ce type de bateau sont extrêmement coûteux et que leur remplacement peut s’avérer nécessaire après plusieurs prises de dauphins. Le bénéfice d’une campagne de pêche, au demeurant toujours aléatoire, peut se trouver altéré par les conséquences de ce type d’accidents.

Des solutions inefficaces et une recherche en panne.

Cependant quelques solutions ont été avancées, notamment technologiques (engins modifiés, répulsifs acoustiques)ou adaptation de la stratégie de pêche. Mais on ne peut que constater l’inefficacité aggravée par le manque de moyens financiers pour des études approfondies. Des répulsifs acoustiques ont été testés depuis 2002. Mais force est de constater qu’ils ne constituent pas une véritable réponse puisque selon les études effectuées, outre leur manque d’efficacité, ils produiraient des dommages sur le système auditif des dauphins qui pourrait affecter leur système d’écholocalisation ! Des tentatives de modification des engins de pêche ont également été testées. Ainsi, Willy Dabin explique : « On a, par exemple, installé des trappes d’échappement sur les chaluts, qui fonctionnent très bien pour les tortues, mais pas pour les) mammifères marins qui sont beaucoup plus actifs et s’épuisent dans les filets.»

  • Une autre solution est avancée par le responsable océans et côtes pour WWF France Denis Ody. Il préconise de «revoir les méthodes de pêche». Mais il s’avère que les recherches et la mise en place éventuelle de dispositifs plus sélectifs à destination des pêcheurs requiert un important effort fi nancier (cf. : l’avis de 2012 du CESE – Conseil économique social et environnemental – sur la politique commune de pêche).

Un désintérêt des pouvoirs publics. Au niveau européen, la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (2008/56/ CE) du 17 juin 2008 oblige chaque État membre à élaborer une stratégie en vue de l’atteinte ou du maintien du Bon État Écologique. Elle a été suivie en France par un Plan d’Action pour le Milieu Marin, en vue de réaliser ou de maintenir un bon état écologique du milieu marin au plus tard en 2020. Ce plan a été suivi d’un programme de surveillance pour les années 2014– 2017, sans réel impact concret, dans la mesure où aucune proposition d’action n’a été engagée. En effet, la préservation de cette espèce de dauphins est classée actuellement en « préoccupation mineure» dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Il apparaît évident que si le déblocage de fonds est indispensable pour trouver des solutions pérennes, satisfaisantes pour la préservation du milieu marin et l’économie maritime, ce n’est qu’avec une action ciblée et coordonnée de tous les acteurs, pêcheurs, ingénieurs, pouvoirs publics, CCI, etc., qu’une vraie réponse pourra être donnée, afin que le dauphin continue à nous enchanter dans les vagues et non à nous désespérer sur la grève.

Christine Ménard.

 

Documentation :
  • Données de METEO France. 
  • CNRS – Actualités observatoire Pelagis mars 2017 – «Pic d’échouages multiples de dauphins».
  • COREPEM – Pratiques de pêche en pays de Loire – «La pêche embarquée – Le chalut pélagique».
  • Article du Monde du 25-03-2016 – «Dauphins échoués sur la plage – La pêche industrielle en ligne de mire».
  • Dossiers de l’association SOS GRAND BLEU – «es répulsifs acoustiques contre les prises accidentelles »