Bulletin 2022 LA VILLE, HISTOIRE, ENJEUX ET PERSPECTIVES

SON NOM POUR UN JARDIN

SON NOM POUR UN JARDIN

Le 9 octobre 2021, à l’initiative de la mairie de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, le nom de Jean Marcel Couradette a été donné au jardin public auquel conduit la délicieuse allée ombragée « Narcisse Pelletier ».

Quel meilleur endroit pour rendre hommage à l’engagement de Jean Marcel Couradette !

Après une longue carrière passée au service d’une coopérative agricole qu’il contribua à rendre prospère, cet ingé- nieur agronome décida de résider à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Il se mit alors tout naturellement au service de ses concitoyens, de la cité et de l’environne- ment.

Situé au croisement de ses incessantes allées et venues au chevet des dunes du Jaunay et de la Garenne, ce jardin lui doit d’exister.

Voici son histoire.

40 ans plus tôt, a été entrepris, le recalibrage du Jaunay afin d’assurer une meilleure irrigation des marais en amont. Les limons dragués et rejetés sur les berges risquaient, à la longue, par ruissellement, de réembourber le canal. De plus ces matériaux, bruts de coffre, offraient un spectacle désolé qui gâchait l’entrée de ville et le plaisir des promenades dans les dunes du Jaunay. La plantation des berges fut décidée tandis que leur aménagement en jardin public gratifiait la ville de jardins d’agréments sur la rive droite et de la promenade Narcisse Pelletier le long de la rive gauche.

Alors que les travaux progressaient vers l’écluse, Jean Marcel Couradette eut l’idée de conclure l’allée Narcisse Pelletier par un jardin public dédié aux enfants. Une roussière échevelée et infestée de moustiques, au débouché du Jaunay, s’y prêtait à peu de frais. Le conseil municipal approuva sa proposition. Mais des voix s’élevèrent, dénonçant la destruction d’une zone humide naturelle en pleine ville. Si la municipalité ne retint pas cet argument, il n’en fut pas de même pour Jean Marcel Couradette très attaché à la préservation des espaces naturels, gages de notre qualité de vie. Après avoir soupesé les arguments contradictoires, il considéra qu’un jardin public en pleine ville valait bien le sacrifice d’une zone humide quand les marais proches en étaient généreux. Cette anecdote illustre pleinement son engagement, toujours à la recherche de ce qui permet de concilier plutôt que d’opposer la préservation de l’environnement et la qualité de vie.

Finalement, les dernières plantes en place, les jeux de plein air installés et le grillage posé, le jardin fut immédiatement adopté par les mères et pères des tout petits à la recherche de coins ombragés, ludiques et en pleine ville.

C’est alors qu’un ami débarqua chez Jean Marcel Couradette, lui annonçant qu’un panneau accroché à la grille du jardin le baptisait « Square Couradette». La blague lui parut évidente mais le sérieux de son interlocuteur le décida à enfourcher sa bicyclette pour voir sur place ce qu’il en était. Là, l’attendait une petite compagnie hilare. Elle saluait en le charriant amicalement, son obstination à faire aboutir ce chantier au service des habitants et des plus jeunes d’entre eux. Ils avaient fait fort les amis, tant le panneau, aux dimensions et couleurs réglementaires, était à s’y méprendre !

La mairie au courant de la farce le fit enlever fissa. Sans commentaires de part et d’autre.

Et pourquoi pas ?

Ce fut l’avis de l’assemblée réunie, ce matin du 9 octobre 2021 à l’initiative d’un autre conseil municipal, bien informé et tout autant au service de l’environ- nement, qui baptisa, pour de vrai, le «Square Jean Marcel Couradette». Elle témoignait en toute amitié du souvenir durable qu’elle gardait de lui.

Parmi les personnes présentes, certaines se souvenaient avoir participé à la restauration de la dune de la Garenne, et à celle du Jaunay. La réussite de ces réalisations dut beaucoup au rôle de pivot que Jean Marcel Couradette sut jouer, comme conseiller municipal, secrétaire du CPNS et, plus tard, président de l’association « Valoriser les Initiative et l’Environnement (V.I.E.) ». A la charnière des pouvoirs, d‘action de la mairie et de mobilisation du secteur associatif, il n’eut aucun mal à convaincre les enseignants de venir avec leurs élèves renforcer les rangs des planteurs bénévoles d’oyats, ces piégeurs des sables apportés par les tempêtes d’hiver. D’année en année, la dune s’est ainsi réhaussée. Plus déterminant encore fut d’avoir associé à ces plantations la transmission, aux enfants, de savoirs leur faisant comprendre les forces et les faiblesses de la nature et préparant ainsi la relève à son chevet. Pour preuve, les enfants devenus adultes se souviennent. La dune de Garenne restaurée témoigne de l’efficacité durable de ces engagements partagés.

Tandis que, ce 9 octobre, l’assemblée se dispersait lentement, échangeant par petits groupes les dernières anecdotes que leur inspirait la rencontre, des enfants reprirent possession des balançoires. Les rayons d’un soleil d’automne lustraient les branches des pommiers conduites en espalier.

Le square Jean Marcel Couradette avait tout le temps de leur raconter ce que la nature attendait d’eux en échange de ses bienfaits.

Michelle Boulègue

 

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