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Bulletin 2018 Histoire Récits Mémoire

Gabriel Maratier, homme de conviction.

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Gabriel Maratier en 1931

Ils se font face. Comme deux musiciens s’apprêtant à interpréter une partition en duo se dit Gabriel.

L’image le fit sourire tandis qu’il lançait un coup d’œil de connivence à Fernande qui le fixait de ses yeux si bleus qu’il en était décontenancé à chaque fois. Il se raidit, durcissant l’expression de son visage. « Pas commode le nouveau maître !» se dirent les grands qui le regardaient intensément, les bras croisés, figés, dans l’attente de ce que leur réservait ce premier jour de rentrée. Les petits étaient déjà sous le charme de la douceur de Fernande qui tout au long de sa carrière ne laissa aucun de ses élèves quitter sa classe sans savoir lire, sauf deux récalcitrants, à son grand regret.

En ce premier octobre 1921, les Maratier inauguraient leur carrière d’instituteur à Givrand. Une même et seule salle de classe pour les grands et les petits. Afin de concilier des enseignements différents et cependant simultanés, ils avaient organisé les pupitres de façon que leurs élèves respectifs se tournent le dos tandis qu’eux- mêmes se faisaient face afin de s’accorder d’un seul coup d’œil, selon le rythme et le contenu de leurs enseignements, alternant les travaux silencieux avec les explications au tableau.

Le 24 septembre 1919, ils s’étaient mariés à Saint- Martin- des- Noyers. Gabriel, juste démobilisé, avait rejoint Fernande en 1921à Givrand où elle avait été affectée pour son premier poste d’institutrice. Lui-même, nommé à Saint Gervais, avait fait tant et si bien qu’il venait d’être nommé directeur de l’école primaire de Givrand.

Tout promettait à Gabriel la carrière d’instituteur qui s’ouvrait.

Né le 27 mai 1899 d’un père, ébéniste, et d’une mère, couturière à façon puis commerçante, il baigna dès l’enfance ainsi que son jeune frère, Pierre, dans un milieu laïc et républicain qui mettait la formation des esprits au rang de vertu et plus encore l’aptitude à s’affranchir des idées toutes faites. Aux leçons de vie administrées en famille, au fil des faits et gestes ayant pour théâtre Saint- Martin- des- Noyers, s’était ajouté le vigoureux enseignement d’un hussard de la République, Anselme Roy qui lui fit obtenir en 1911 son certificat d’étude haut la main et décida de sa vocation future : « il sera instituteur !».

Elève brillant, avec une prédilection marquée pour les sciences, l’histoire et la géographie, doté de l’oreille absolue et d’une robuste constitution, Gabriel qui avait été reçu au concours des bourses départementales, élargit son horizon des connaissances à l’école primaire supérieure de Chantonnay de 1911 à 1915 où il prépara avec succès le concours d’entrée à l’Ecole Normale des garçons de la Roche- sur- Yon dont il sortit avec le brevet supérieur en 1918. Son père était déjà sous les drapeaux depuis 4 ans. Sitôt diplômé, Gabriel avait rejoint son régiment à Issoudun puis gagné la ligne de front dans les Vosges. Cette période le plaça sous le signe du maniement des armes mais aussi de la musique tant ses aptitudes en ce domaine le firent repérer par ses supérieurs tout comme un autre soldat, l’abbé Coumailleau avec lequel il noua une amitié durable.

Rendu à la vie civile en 1921 il retrouva les terrains de jeu de son enfance et sa jeune épouse, une fille du pays. Il se connaissait de toujours. Fernande, pupille de l’assistance publique avait été élevée dans une famille d’accueil des Essarts et passait ses vacances à Saint- Martin- des- Noyers. Elève douée et sérieuse, son institutrice avait convaincu l’administration de lui donner sa chance en lui faisant préparer le concours d’entrée à l’Ecole Normale des jeunes filles de la Roche- sur- Yon.  Gabriel n’avait pu échapper au charme de Fernande, douce et jolie et surtout auréolée du prestige, rare à l’époque, d’être diplômée de l’Ecole Normale.

Le couple d’instituteurs devint rapidement un pilier de la vie de Givrand. Gabriel était passionné de chasse et de pêche où il excellait, se régalant de tout ce que la nature lui apportait d’enseignement dont il faisait son miel auprès de ses élèves toujours heureux de troquer des heures de classes pour des leçons en plein air.

Bientôt les Maratier eurent la joie d’accueillir Lucette, née en 1922. Les contraintes de leur métier firent apprécier à ces laïcs de confier leur fille à la sacristine « Baptistine » qui ne manquait pas un office religieux avec la pouponne.

En 1930, la mort de Monsieur Maratier père, vaincu par la tuberculose fit envisager au couple de s’installer aux Sables d’Olonne pour y rejoindre la mère de Gabriel. Ce dernier venait d’ailleurs d’obtenir le poste de directeur de l’école primaire du Centre aux Sables- d’Olonne, quand l’inspecteur primaire en décida autrement en le réaffectant au poste de directeur de l’école des garçons de Croix- de- Vie, que Monsieur Pontoizeau , titulaire du poste dut laisser vacant, lui-même très affaibli par la maladie.

1931 vit donc les Maratier s’installer à Croix- de- Vie, Gabriel en qualité de directeur de l’école primaire et Fernande, institutrice à Saint Gilles en charge des classes de CP et de CE1. L’autorité indiscutée de Gabriel s’ajoutait à ses enseignements novateurs faisant de la nature le cadre privilégié de ses classes dès que le temps le permettait,

Passionné par tout ce qui touche au vivant et instruit des lois de la nature, Gabriel Maratier y puisait des leçons de vie pour lui-même et ses élèves sans manquer de leur inculquer vigoureusement les règles de vie en société que le sort humain exige de voir respecter pour survivre. Un jour de rentrée deux « grands » en vinrent aux mains dans la cour de l’école, bafouant la discipline s’imposant en ces lieux pour faire entendre d’autres lois que celle du plus fort. Gabriel Maratier retint les enseignants voulant les séparer et laissa le pugilat se dérouler. Le vainqueur n’eut pas le temps de savourer son succès. Déjà Gabriel Maratier était sur lui et lui infligea une punition publique rappelant à tous que l’école n’était pas la rue et qu’en ces lieux, les maîtres étaient l’autorité en charge de faire respecter les règles de la vie en société permettant de vider un différend autrement qu’en s’empoignant. Les anciens se souviennent encore de cette leçon sans parole qui faisait dire que le Maitre était dur mais juste.

C’était aussi un homme de cœur. Il suffit pour s’en convaincre de lire les quelques lignes écrites sur une feuille de cahier pliée en quatre que Gabriel Maratier lut devant tout le village réuni le jour des obsèques de trois de ses élèves tués un jeudi après-midi de 1945 par un obus découvert dans une casemate à Grosse Terre. Sans grandiloquence, il adressa d’abord aux parents des paroles chaleureuses de consolation puis, appelant chacun des enfants par leur prénom il sut, le temps de quelques mots, leur redonner leur vie de mômes et d’écoliers occupés aux choses de l’enfance quand le pire allait désormais laisser leur place vide sur les bancs de l’école.

Sa réputation d’enseignant, craint et respecté tant des parents que des élèves lui valut, en 1945, de se faire nommer directeur du cours complémentaire par Edmond Bocquier, alors inspecteur d’académie. L’estime que se portaient les deux hommes amena Edmond Bocquier à collaborer avec Gabriel Maratier à des recherches en paléontologie et à l’élaboration d’une collection de minéraux dont Gabriel, plus tard, fit don au Cours Complémentaire de garçons (futur CES Garcie Ferrande de Saint Gilles Croix de Vie). Gabriel Maratier, collectionneur passionné, rassembla de riches collections de papillons, et de coquillages que ses anciens élèves, devenus marins, se faisaient un plaisir de lui apporter ou de lui envoyer des quatre coins du monde.

Gabriel Maratier en 1970

De fait, le vivant sous toutes ses formes enthousiasmait Gabriel mais aussi la culture. Le besoin d’échange l’amena à mettre sur pied pendant l’occupation dans les années 1940 avec quelques complices, dont Madame Roland, chanteuse à Paris et Georges Adet, comédien, une revue locale très suivie et appréciée qui faisait alterner des scénettes enlevées et des pièces musicales. Ainsi les habitants découvrirent-ils les talents de flutiste de Gabriel Maratier et du pianiste, André Bristiel, diplômé du conservatoire de Paris et tout aussi conchyophile que lui, souvent consulté ainsi que son fils et sa petite fille tout aussi incollables.

Homme d’engagement et de conviction, ennemi de toute forme d’obscurantisme, Gabriel Maratier ne craignait pas d’être abrupt avec ses élèves et son entourage auxquels il apportait en retour son enthousiasme pour la vie qui irradiait sa pratique professionnelle et ses amitiés.

 

 

Michelle Boulègue à partir d’un entretien avec Catherine Croizé, petite fille de Gabriel et Fernande Maratier

Illustrations issues des archives familiales de Gabriel Maratier

Un élève se souvient :

Gabriel Maratier avait ses méthodes pour faire régner la discipline.
– L’indiscipliné était enfermé sous le bureau comme dans une niche et son immobilité était exigée et obtenue en tapant énergiquement des pieds si nécessaire.
-Un matin un élève est arrivé en retard au prétexte qu’on lui avait volé son vélo. Gabriel Maratier jeta un coup d’œil par la fenêtre et, la marée étant basse, il décida d’emmener la classe sur le port.
-«  On va voir si ton vélo est dans le port et s’il y est ça pourrait bien être toi qui l’y aurait envoyé ! »
De fait le vélo était bien dans la vase du port et l’élève avoua en être le responsable pour expliquer son retard.
-«  Je vais prévenir tes parents et tu n’es pas près d’avoir un vélo, je t’en fais la promesse ! ».

 

André Bristiel raconte :

« Un jour d’été, il faisait une chaleur éprouvante, j’ai vu arriver Gabriel Maratier hors d’haleine et cramoisi sous son chapeau. Il venait d’une traite avec un paquet volumineux sous le bras qu’il développa. C’était un cyprea arabica de bonne taille et d’une couleur inhabituelle que venait de lui envoyer un correspondant de la Nouvelle Calédonie. Les eaux à forte teneur en nickel pouvaient expliquer l’aspect étrange du coquillage. Il tenait absolument à discuter avec moi de son identification ; attendre, plus longtemps, un meilleur moment n’était pas supportable pour lui ».

 

Charles Grasset, son petit- fils n’oubliera pas !

Lors d’une partie de chasse, Charles, alors âgé de 8 ans, entendit son grand père, Gabriel lui intimer l’ordre de rester les jambes écartées et de ne pas bouger. Le gamin sentit éclater une décharge de plomb entre les mollets. Son Grand Père venait de pulvériser une vipère d’un coup de fusil impeccablement ajusté.

Bulletin 2018 Histoire Récits Mémoire

PAUL BLAIZEAU, UN PRETRE ATYPIQUE.

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Paul Blaizeau avec son frère Hilaire(collection Florentine Blaizeau)

Paul Blaizeau, un prêtre atypique

Je vous propose de faire un petit rappel avant de parler de Paul qui a été curé de Croix-de-Vie durant près de 30 ans, de juillet 1946 à courant 1975. Pour comprendre son ministère il nous faut évoquer ce qui l’a précédé ; dans les années 1800, les marins étaient les mal aimés d’une certaine église ; le taux de pratique religieuse était de l’ordre de 5 % ; 50 ans après, très peu de marins « font leur Pâques » ; pour comprendre ces chiffres, il faut tenir compte de la forte cléricalisation du catholicisme, face à l’offensive laïciste ; il reste que le monde maritime a suscité, sur l’Ile d’Yeu notamment, des vocations missionnaires rayonnantes dotées d’une surprenante capacité prédictive.

L’anticléricalisme qui prévalait à la fin du XIXème siècle n’équivalait pas chez les marins au rejet total de la religion ; on peut constater que beaucoup de bateaux étaient baptisés, un crucifix était souvent accroché dans la cabine du patron, enfin la participation aux services funèbres religieux était forte chez ceux qui côtoyaient la mort bien davantage que les terriens.

A cette époque la dévotion à la Vierge était importante chez ces hommes durs ; Marie était perçue comme la figure maternelle et on la suppliait, dans les grands périls, d’intercéder auprès du Tout Puissant, maître des tempêtes.

On peut noter aussi l’attachement de beaucoup de foyers marins à l’école catholique ; ainsi à Saint- Gilles- sur- Vie, en 1902, un mouvement de protestation s’est créé pour que les religieuses restent dans les terres ; une pétition est signée par la totalité du conseil municipal et par beaucoup de citoyens. Quand les sœurs de Saint Charles prennent la direction d’Angers, la maison mère, elles sont entourées d’un bon millier de personnes dont beaucoup de marins qui s’époumonent en criant « Vive la Liberté, à bas les sectaires, à bas les francs- maçons ! ».

En 1888 a lieu une mission qui attire toutes les classes de la société ; un grand mouvement religieux se manifeste ; une centaine de marins se relayent, croix sur la poitrine et chapelet autour du bras, pour porter d’une façon triomphale une antique statue de Notre Dame de Recouvrance ; mais  c’est aussi la période ou s’exerce une pression cléricale très forte ; le clergé est fortement encouragé à sonder les familles pour qu’émergent des vocations de prêtres afin d’établir « le royaume de Dieu sur terre ». Cela conduit des marins à traiter les prêtres venus du bocage de curaillons.

Paul était l’aîné de 7 enfants ; il est né le 13 octobre 1911 à Saint- Hilaire- de- Voust ; son père Louis était facteur sur la commune et sa mère tenait le bureau de poste ; Paul a fréquenté l’école publique avant d’entrer au petit séminaire de Chavagnes- en- Paillers ; il y avait beaucoup d’amour et de joie dans le nid familial. Louis était musicien et enseignait le solfège et le chant à ses enfants. Il jouait aussi de la clarinette et du saxophone ; c’était un autodidacte en la matière ; sa fille Florentine m’a dit « on chantait toujours à la maison » ; cette tradition s’est perpétuée plus tard quand les parents ont habité près de Paul rue de la Broche à Croix- de -Vie ; la famille aimait se retrouver toute entière auprès de l’harmonium pour chanter à l’église.

 

Paul a été ordonné prêtre le 29 juin 1936 à 25 ans et a été nommé professeur d’anglais au Collège Richelieu à la Roche- sur-Yon ; il a senti tout de suite que ce n’était pas sa vocation lui qui rêvait de terres lointaines comme la Chine ; il a ensuite été nommé comme vicaire à Croix- de- Vie le 7 août 1937 ; le milieu marin fut une grande découverte pour lui ; hélas je n’ai trouvé ni archives ni témoins de ses quatre années passées à Croix- de -Vie. Puis vint la période de mobilisation ou il revint avec un éclat d’obus dans un genoux. Le 1er septembre 1942, nommé vicaire aux Sables- d’Olonne, il est devenu aumônier diocésain de la J.M.C. (jeunesse maritime chrétienne).

Le 22 juillet 1946, comme curé de Croix– de Vie, il retrouvait le monde maritime qu’il chérissait tant ; c’est le 23 août qu’il arriva en grande pompe…par la mer sur une vedette de la marine escortée d’une flottille de bateaux de pêche, accueilli par des chants de marin.

Durant son long ministère Paul a été avant tout l’aumônier, l’ami des marins et de leurs familles. Pour se préparer à cette tâche il avait tenu à suivre une formation en 1938 à l’Ecole Sociale Maritime de Saint- Sevran ; les cours étaient assurés par Louis Lebret et portaient sur le syndicalisme maritime, le capitalisme, les us et coutumes du milieu, les valeurs propres au monde maritime (entraide…) ; Paul était enthousiaste et écrivait à son Vicaire Général du diocèse pour lui dire « cela fait du bien de se retrouver avec un tel maître…cela m’ouvre beaucoup l’esprit et pourtant j’ai fait de bonnes études de sociologie au séminaire ».

Il a toujours été l’animateur d’un groupe de marins chrétiens et il tenait beaucoup à ce que ses vicaires successifs rencontrent les marins au port, à leur domicile dans le cadre des visites paroissiales ; la J.M.C. était très florissante à Croix- de- Vie et comprenait après la guerre une vingtaine de membres ; En 1965, elle a été à l’origine d’une exposition très intéressante sur le métier de marin avec des panneaux d’information, 2 maquettes de bateaux, des filets et du matériel de pêche ; je l’avais visitée à l’époque et avait été très impressionné par le dynamisme et l’esprit créatif qui régnait dans cette équipe de jeunes.

Paul, toujours bien en verve, avait un don inné pour la prédication ; il captivait son auditoire à tel point que des giras et des girases traversaient le pont pour l’écouter ; il savait parler de l’Évangile en termes simples ; pour lui l’a.b.c de tout chrétien devait se résumer à cette parole du Christ rapportée par l’apôtre Jean « Celui qui dit aimer Dieu, alors qu’il a de la haine contre son frère, est un menteur ».

Certains paroissiens ne l’aimaient pas comme cette femme écrivant à l’évêché en invoquant « ce curé qui n’était jamais là et qui passait son temps à boire un coup avec Les marins ».

Paul accordait beaucoup d’importance à la culture ; il a, avec Marie Thérèse Boité, donné beaucoup d’extension à la bibliothèque paroissiale et tenait à évoquer les ouvrages nouveaux dans le bulletin paroissial ; il lisait beaucoup et montait régulièrement à Nantes, à la librairie Lanoë, faire une provision de livres ; il organisait régulièrement des conférences dans le cadre de la paroisse et du Cercle Notre Dame du Bon Port (nous y reviendrons) ; elles portaient sur des sujets très variés :

L’Eglise et la Paix en 1953 avec Me Robert, la Chine en 1958 avec Mr Rochereau, l’U.R.S.S. en 1961 avec Mr Mabit, la Bible en 1964 avec le chanoine Vernet, « comment la Vendée faillit devenir protestante » en 1971 avec lui-même etc.

Revenons à Paul ami des marins ; ce dernier était très soucieux de voir ces derniers gagner leur vie par ce dur labeur ; il accordait beaucoup d’importance à tout ce qui favorisait l’entraide entre gens de mer. C’est ainsi, qu’après une saison sardinière catastrophique en 1955, il lança un appel à la solidarité invoquant la détresse des pêcheurs et invitant ses paroissiens et les autres à tout faire pour que « les familles ne souffrent pas du froid et de la faim cet hiver ». La paroisse organisa un gala de solidarité qui eut lieu le 11 novembre au cinéma Familial avec un groupe folklorique de Saint Gervais « les Joyeux Corsaires ». Cet appel fut relayé par l’évêque qui, dans un communiqué, évoquait les pêcheurs dont le gain se situait pour la plupart entre 60 000 et 65 000 F. L’évêque décida de renoncer au produit la quête de la Toussaint pour les séminaires et de l’affecter toute entière aux familles des pêcheurs les plus éprouvées.

C’est à cette époque qu’un groupe de marins dit à Paul « Monsieur le curé si vous tombiez à l’eau on serait dix à se disputer pour aller vous chercher ».

A mettre aussi, à l’actif de Paul, l’émergence du Cercle Notre Dame du Bon Port qui existe toujours (Présidente Andrée Simon – 70 membres environ). Le cercle était surtout fréquenté par des gens de milieu populaire. Il   y régnait un bon esprit de camaraderie et on y jouait aux jeux de société et surtout aux boules le samedi soir ; le repas annuel, préparé par des femmes, donnait lieu au débouchage de bonnes bouteilles et à des chants répétés par toute l’assistance. Un voyage était organisé tous les ans ; les bénéfices de l’association allaient au secours Catholique et aux écoles libres.

Homme qui savait transmettre ses talents Paul avait, comme tout un chacun, quelques défauts ; un de ses anciens vicaires me disait récemment qu’il détestait perdre au bridge, ça le mettait de très mauvaise humeur, et il pouvait arrêter une partie en cours ; de même au Cercle quand il était devancé aux boules il lui arrivait, de colère, de jeter ses boules au sol en maugréant « Bon je pars préparer mon sermon pour demain ! » ; ses paroissiens lui pardonnaient volontiers.

Paul était un chaud partisan de la fusion des deux communes, il avait être choqué par l’animosité entretenue de chaque côté de la Vie ; « Lorsque les obsèques avaient lieu à Saint-Gilles et que l’inhumation se déroulait à Croix-de-Vie, on prenait le relai au milieu du pont » relatait-il.

Après 30 ans de vie sacerdotale, à Croix-de-Vie, Paul a éprouvé le besoin de faire un bilan à l’intention de ses paroissiens ; il leur indiquait, un peu mélancolique, que si le flot des estivants avait considérablement grossi, la population de la paroisse avait diminué ; mais en plus positif il indiquait qu’à l’anticléricalisme qui faisait la réputation de la commune s’était substitué quelque chose de plus tolérant, de plus cordial. Il concluait en disant : » je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous parler de mes défauts ; vous me connaissez suffisamment ; je vous prie de m’excuser si je vous ai fait souffrir ». Il aimait dire que s’il n’avait pas été prêtre, il aurait choisi le métier d’avocat ou de journaliste.

Après sa mission, Paul est rentré comme aumônier à l’hôpital de Saint- Gilles durant 20 ans ; il est décédé le 4 mars 1998 sur ses 87 ans et son corps a rejoint la tombe de ses chers parents à Saint Hilaire- de- Voust.

Paul repose désormais en paix lui qui aimait tant la vie ; une vie bien remplie à l’image d’une de ses devises « être vivant c’est ne pas trimbaler l’ennui ».

 Jean Michel BARREAU

Jm.Barreau9444@orange.fr

Bulletin 2013 Histoire - Récits - Mémoire

Les rues racontent notre histoire

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Les noms des rues disent la volonté d’une collectivité à se faire gardienne de son histoire et à honorer la mémoire des femmes et des hommes de bonne volonté qui l’ont servie.

La rue de la garance évoque un moment oublié de la vie économique locale.
Hélène Boulineau à qui nous devons des travaux toujours pertinents sur notre histoire locale nous raconte que l’arrivée de la Garance à Croix de Vie coïncide avec celle de M Guillaume- Henri Ingoult à Sainte Croix de Vie vers 1740. Tout juste nommé directeur des garancières du Bas Poitou par les Manufactures Royales de garance, il venait des environs de Montpellier et connaissait bien les techniques de la culture de cette plante récoltée dans le Sud, surtout en Provence. A Croix de Vie, les graines étaient stockées quai des greniers, également appelé quai de la garance. Une rue étroite, reliant actuellement la rue de la Roussière au quai des greniers le rappelle. Elle longe un très ancien entrepôt construit en pierres de lest de navire qui fut peut-être utilisé pour la commercialisation de la garance.

Rue Jean Ingoult

Rue Jean Ingoult

G.H Ingoult, en sa qualité de lieutenant de brigades dans les fermes du roi, s’était porté acquéreur de plusieurs journaux* de terre sableuse, gagnés sur les marais de Besse. Il avait réalisé cette opération à la demande et avec l’aide de M. Blassac, intendant du Poitou, dans le but d’y implanter une pépinière royale de garance. A l’époque, la teinture rouge extraite de la garance était utilisée par les manufactures d’indienne* bretonnes et nantaises mais aussi par les fabriques plus modestes de Fontenay le Comte. Cette production pris vite de l’extension et contribua à développer le commerce maritime du port au point que le 12 septembre 1782, un bateau de Saint Gilles embarqua 1097 livres de garance pour Nantes. Toutefois, G-H Ingoult ne parvint pas à convaincre les paysans locaux à se lancer dans cette culture qui fit la fortune de la Provence. Il multiplia en vain des annonces alléchantes dans les Affiches du Poitou allant jusqu’à proposer « gratuitement 143 livres de graines et 15000 plants à qui lui apporterait les ordonnances de Monsieur l’intendant ».G-H Ingoult se heurtait à la méfiance des paysans pour une plante mal adaptée au climat océanique et exposée à une série d’épizooties dans les années 1780.
Outre la sensibilité de cette plante aux aléas climatiques, son industrialisation se heurtait à des revirements de la mode, contrairement aux cultures vivrières aux débouchés davantage prévisibles. Finalement, le directeur de la pépinière royale échoua à créer une filière économique qui outre la culture aurait dû entraîner la construction, en nombre, de moulins à broyer les racines et susciter la maîtrise de techniques tinctoriales.
Jean Ingoult, son fils, agronome, avait eu le temps, aux côtés de son père de bien connaître les ressources locales et de s’imprégner des mentalités. Il se lança parallèlement, avec plus de succès dans la fabrication de la soude à partir des cendres de goémons. Le marché estimé portait sur la fourniture annuelle de 200 livres de soude. Il avait convaincu son père des perspectives fructueuses que pouvait réserver cette exploitation. Ce dernier recruta donc trois journaliers demeurant au village des Bussoleries pour récolter et transporter à leur frais, au domicile du sieur Ingoult, des cendres payées «20 livres par milliers fournis».
Jean Chrysostome, fils de Jean Ingoult, prendra la relève, mais le marché qu’il prit pour 7 ans avec des habitants de Saint Hilaire sera payé 10 livres par milliers et 16 en cas de paix. Acheminée par bateau vers Nantes, cette production devait souffrir du blocus anglais. Le goémon était sans doute brûlé sur des terrains situés dans l’actuel quartier de la Soudinière. Jean Chrysostome fut plus commerçant qu’agronome. Il mettra fin à la pépinière de la garance au profit de l’exportation de la soude ainsi que du sel et des céréales. Il se fera importateur de bois, très recherché par les chantiers de construction navale implantés à Croix de Vie. Il fut aussi un grand acquéreur de biens nationaux : marais salants, près d’élevage et terres céréalières. Il confirma son enracinement dans la commune en épousant le 24 février 1778 Marie Françoise Louise Grelier, fille de feu JB Grelier et de Thérèse Louise Desloge. Son fils, Jean excella comme armateur. Il fut un défenseur inlassable des intérêts du port et l’instigateur des aménagements nécessaires à son développement. Il fut le deuxième maire de Croix de Vie qui honora sa mémoire en lui dédiant la rue Jean Ingoult.

Maison qui fut habitée par le Docteur Marcel Baudouin - Rue Marcel Baudouin

Maison qui fut habitée par le Docteur Marcel Baudouin – Rue Marcel Baudouin

La rue Marcel Baudouin du nom de son petit fils passionnément attaché à la cité et à son histoire dota celle-ci d’une documentation historique exceptionnelle rassemblée pour l’essentiel au musée de l’abbaye Sainte Croix aux Sables d’Olonne. Il prit l’initiative, impardonnable aujourd’hui et que seule son époque pouvait permettre, de déraciner le menhir «des tonnelles» (Saint Hilaire) pour l’implanter sur son caveau de famille dans l’espoir que cette concession perpétuelles, au cimetière de Croix de Vie préserverait ce témoin de la préhistoire locale de la désinvolture des temps futurs. C’est de fait, le seul monument répertorié de la commune. Ces deux rues, racontent à elles seules l’histoire d’une dynastie locale.

* Sources : Boutier Jean Claude : mémoire de master 1 recherche histoire sous la direction de Monsieur Guy Saupin
* Unité de surface correspondant à ce qu’un homme peut labourer, à force de bras, en une journée.
* Toile de coton peinte ou teinte fabriquée initialement en Inde.