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Bulletin 2010 Histoire - Récits - Mémoire

Les origines de l’Hôpital Local

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L’Hôpital Local, rue Laënnec

L’Hôpital Local, rue Laënnec, est l’un des principaux employeurs sur la commune de Saint Gilles Croix de Vie. Si cet établissement satisfait aujourd’hui à des missions de santé publique sous la houlette d’une association, présidée par un membre du conseil municipal, c’est grâce à la générosité d’un particulier : Monsieur Emile Aimé Torterue.

Le 23 août 1884, à son domicile de Soullans, Monsieur Emile Torterue rédigeait son testament par lequel il léguait la totalité de sa fortune à Saint Gilles à charge pour la commune de fonder un hospice pour les malades pauvres de Saint-Gilles et de Croix-de-Vie.
Le 1er octobre 1884, Emile Aimé Torterue décédait à son domicile. L’histoire de l’hôpital Torterue commençait.

Visionnaire, Emile Aimé Torterue avait décidé que les communes de Saint Gilles et de Croix de Vie organiseraient, de conserve, l’accueil des malades pauvres, hommes, femmes et enfants de plus de 7 ans résidant depuis 5 ans dans l’une ou l’autre de ces communes. Toutes les maladies devaient être prises en charge à l’exclusion des maladies mentales, de l’épilepsie, de la gale, de la teigne, de la syphilis et de toutes les maladies réputées incurables ou honteuses. L’exécution des volontés de Emile Aimé Torterue nécessita une série de Conseils Municipaux qui se tinrent les 21 décembre 1884, les 17 et 28 octobre 1886 et le 18 juin 1887 à l’issue desquels fut instituée une commission composée de représentants des deux communes.

En parallèle, il fallut que les édiles obtiennent des Pouvoirs publics l’autorisation de disposer des fonds destinés à la création de l’hospice. Finalement, un décret du 5 novembre 1898, assorti d’un règlement en date du 5 octobre 1898 élaboré par le Conseil Supérieur de l’Assistance Publique (le tout signé du Préfet de Vendée, André de Joly), parvint au Conseil Municipal de Saint Gilles.Il avait fallu tout ce temps afin d’estimer la valeur de la succession, s’inquiéter des intentions des héritiers naturels, recueillir l’avis du ministre des cultes (le 3 mai 1887), celui du Conseil d’État (le 17 janvier 1886), et tenir compte du Code Civil (Art 910) ainsi que de la loi du 5 avril 1884.

Sitôt reçue la missive du Préfet, la Commission se réunissait pour décider de l’achat d’un terrain. Deux parcelles situées sur la commune de Saint Gilles furent acquises, appartenant respectivement à Marie Constance Adèle Mervau (66 ares sous le n° 235 secteur A du cadastre) et à Mademoiselle Braud, résidant à Croix de vie, propriétaire d’une parcelle mitoyenne d’une superfi cie de 30,50 ares (N° 235, secteur A du plan cadastral). Il s’est agi, ensuite, de passer à la construction de l’hospice. La Commission du 18 octobre 1888 a convenu d’un projet modeste de 12 lits, cinq pour chaque commune et deux réservés aux soeurs en charge des soins et du quotidien.Une architecture classique et sobre parut en accord avec l’objet du bâtiment. Il ne fallut pas moins de 10 ans pour parvenir à bout de cette construction, émaillée de contretemps et de contrefaçons. Enfin, l’inauguration en grande pompe a pu s’effectuer sans encombre en présence du Préfet de Vendée le 1er mars 1899. Dans la foulée de cet évènement, le Préfet autorisa la construction d’un oratoire, le 9 juin 1899. Dans le même temps, la Commission s’était inquiétée de s’assurer le concours des religieuses afi n d’assurer les soins et la bonne marche de l’établissement. Après une demande en date du 2 septembre 1898, adressée à Madame la Supérieure des Soeurs de la Sagesse et restée sans suite, la Commission a sollicité les Soeurs de Mormaison. Celles-ci sont même venues sur place. Finalement Madame la Supérieure des Soeurs de la Sagesse de Saint Laurent sur Sèvres donnait son accord le 21 juin 1899 à raison de 2 000 fr d’honoraires par soeur, qui ne seraient non plus deux mais trois.

Suivirent des travaux d’agrandissement en 1904. Le 6 décembre 1932, l’électrification de l’hôpital est décidée. On a pu compter jusqu’à 47 lampes ! Puis une nouvelle extension fut lancée en décembre 1933 pour un montant de 71 158 fr. Entre temps, Soeur Léonie avait été autorisée à prendre sa retraite, le 22 mars 1932, après 24 ans de soins ininterrompus au chevet des plus démunis des deux Communes.Consciente des services rendus, la Commission décida de lui allouer une petite retraite jusqu’à la fi n de ses jours.

Rolande Berthomé

Sources : les archives municipales et départementales

Bulletin 2010 Histoire - Récits - Mémoire

Qui était monsieur de Pontchartrain

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Né le 26 mars 1674, Jérôme de Pontchartrain ne fut pas gâté par la nature. Petit, malingre, rendu borgne par une variole contractée en bas âge, il était d’un caractère difficile ; « un fagot d’épines » disaient de lui ses proches. Il faut dire que ses jeunes années ne furent pas entourées de tendresse. L’attention de ses parents était tout entière portée sur l’aîné, Louis, nettement plus flatteur et dont les parents attendaient beaucoup pour le prestige de la lignée. Malheureusement, celui ci mourut à 18 ans en 1686. Il revint au cadet de répondre à leurs attentes. Soumis à une éducation rigoureuse, il ne parvenait pas à obtenir la considération de son père, Louis de Pontchartrain, tandis que sa mère, Marie de Maupeou, inconsolable de la disparition de l’aîné, se lamentait de ses défauts et accablait « le pauvre enfant » de recommandations à propos de sa santé, funeste départ dans la vie.

Cependant Jérôme allait son chemin, recevant de Jacques de Tourreil (1656-1714), un ecclésiastique assidu des salons et distingué helléniste, une solide formation littéraire qui lui permit ultérieurement de nouer des amitiés durables dans le monde des lettres avec La Bruyère, Boileau, Racine, De Fontenelle pour ne citer que les plus proches.

Louis de Pontchartrain, soucieux du prestige de sa lignée, veilla à ce que son fils obtienne rapidement une charge. Ce fut ainsi que Jérôme de Pontchartrain fut nommé, à 18 ans, Conseiller au Parlement en mars 1692, puis, en 1693 membre du Conseil des Prises sous le haut commandement de l’Amiral de France, le comte de Toulouse. En dépit du ronflant de ces titres, Jérôme de Pontchartrain avait surtout un travail de secrétariat dont il s’acquittait avec fièvre et acharnement. Il avait à coeur de faire des notes précises, imparables sur des questions financières qui intéressaient Louis XIV au plus au point. Ce dernier, « arithméticien » et doué d’une mémoire redoutable n’aimait rien tant que les comptes précis et les notes circonstanciées du jeune Jérôme de Pontchartrain. A force d’acharnement, Jérôme, reçu enfin des billets de félicitations de son père et le roi le nomma, en décembre 1693, Secrétaire d’Etat Survivancier.

C’est alors qu’il entreprit de longues et épuisantes tournées afi n de dresser l’état du littoral en Poitou, Bretagne et Basse Bretagne et dans les provinces languedociennes. Dépêché au port de Saint Malo, alors assiégé par la flotte anglaise, il se fi t apprécier du Grand Vauban en charge de la fortification du littoral afi n d’aider les ports français à résister aux raids anglais. Là encore, ses mémoires et la pertinence de ses avis le firent accéder en 1699 aux charges de Secrétaire d’Etat à la marine et aux colonies au moment où son père fut lui-même nommé Chancelier, membre du Grand Conseil, ce qui allait lui laisser les coudées plus franches. Entre temps il avait épousé en 1697 Marie Christine de la Rochefoucault qui lui donna un fils, le futur Maurepas, (qui fut secrétaire d’état à la marine de Louis XV) et lui apporta la tendresse et l’estime qui lui avaient tant manqué enfant.

A ce nouveau poste, il se dépensa sans compter. On lui doit les fulgurantes percées de la marine française en Louisiane, au Canada, à Saint Domingue, dans les Iles Sucrières. Il remporta des succès sur la Royal Navy grâce à une politique avisée dotant le littoral d’ouvrages portuaires et d’une flotte performante. Il s’intéressa à la pêche hauturière, à Terre Neuve, tant il était convaincu (déjà) des correspondances fructueuses à établir entre les affaires militaires et le commerce. Depuis le système des rôles mis en place par Colbert, les équipages
de pêche étaient de véritables viviers pour la marine de guerre de sa Majesté. Enfin il encouragea les missions scientifiques et fit établir une cartographie si précise que le ministère de la marine anglais faisait acheter ses cartes à Paris. En 1714, Jérôme de Pontchartrain pris la décision d’allonger le vieux môle de Croix deVie. In extremis.

La mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715 lui fut fatale.Le Régent renvoya Jérôme de Pontchartrain dans son domaine de Pontchartrain à 20 km de Paris. Il se passionna alors pour l’agronomie, augmenta et géra son domaine de 8 000 ha en le dotant des techniques les plus avancées pour l’époque, s’inscrivant déjà dans le siècle des lumières.

Michelle Boulègue

Sources : « Les Ponchartrain, ministres de Louis XIV- Alliances et réseau d’influence sous l’Ancien Régime »
par Charles Frostin- Presses Universitaires de Rennes.

Les rendez-vous de V.I.E.

Souvenir prestigieux

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Alexandre Soljenitsyne est mort le 3 août 2008, chez lui à Moscou. 20 ans après avoir été expulsé de son pays et privé de ses droits de citoyenneté, il a été autorisé à revenir dans ses terres natales. En 1993, sur le chemin du retour, plutôt buissonnier, il s’est arrêté en Vendée, répondant à l’invitation du Conseil Général. Il a même poussé une pointe jusqu’à Saint-Gilles-Croix-de-Vie pour inaugurer une stèle à l’entrée de la dune de la Garenne à la mémoire de la poétesse russe Marina Tsvetaiëva. Celle-ci avait fait, en août septembre 1926, un court séjour à Saint-Gilles-sur-Vie dont le paysage lui avait inspiré des propos peu flatteurs. En revanche, le soulèvement des Chouans l’avait enthousiasmée car elle y voyait le même élan de liberté que celui qui avait inspiré les révoltés du Don.

Les écrits de Alexandre Soljenitsyne, dans le contexte actuel, prennent une résonance particulière. Il considérait qu’«il fallait donner les coudées franches à l’initiative privée mais en instaurant des limites fermes». Il n’a eu de cesse d’insister sur le fait qu’un système ne dédouane personne de sa responsabilité individuelle envers lui même et les autres. Il considérait enfin que notre devise nationale : « Liberté, Egalité et Fraternité » était irréaliste. Elle réunit, selon lui, des termes contradictoires. Elle est pourtant le socle de notre unité nationale. Ces contradictions, si contradictions il y a, en sont peut-être la clé en créant suffisamment de jeu pour que les tensions de chaque époque trouvent, ainsi l’espace de leur expression et accompagnent sa maturation.

Denise Rivalin