Bulletin 2013 Les dossiers d'actualité

Marina Tsvetaïeva, plus que jamais d’actualité

Le 16 juin 2012, La Mairie installa en grande pompe une sculpture, en bronze, la représentant plus que grandeur nature. Depuis, elle est là, assise sur un banc public, se tenant bien droite, une fleur entre les doigts. Celle ci tout aussi raide, bien vite décapitée.

marinaA la demande du sculpteur, le banc a été hissé en haut d’une estrade. Il faut escalader six marches pour la rejoindre. Des enfants s’y risquent. Ils se sentent tellement dépaysés qu’ils rejoignent bien vite leurs parents. Nous devons cette oeuvre à Monsieur Zurab Tsereteli en souvenir du séjour de Marina Tsvetaïeva à Saint Gilles. C’est un cadeau, paraît-il. A charge pour la commune d’assurer l’oeuvre à près de 420 000 euros (selon l’estimation fixée par l’artiste) et de l’acheminer à ses frais depuis Saint Petersbourg. Sitôt la statue dévoilée on a pu lire sur le socle de l’oeuvre une dédicace : «Du peuple russe au peuple français, en signe d’amitié et de coopération entre nos deux pays. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie». Voilà Marina rattrapée par l’histoire.

Marina Tsvetaïeva écrivait pour se vivre. Chaque mot était le moyen pour elle de raboter l’étrangeté de la vie et l’absurdité du sort humain. La solitude était son lot et sa torture. Elle l’a combattue à force de lettres, de poèmes et d’essais, tous empreints d’une lucide simplicité, sans esquive. Tous rageurs d’une impuissance refusée.

Paradoxe. Sa statue a contraint à l’exil celle de Garcie Ferrande. Depuis, ce prestigieux enfant du pays est relégué en bout de square. Lui, qui balaya les horizons marins et les côtes méditerranéennes et atlantiques d’un regard aigu, détectant les repères qu’il décrira dans son très fameux «Routier des mers» salué par François 1er. Cet ouvrage, réédité trois fois, ne fut pas seulement un remarquable outil de navigation. Il fut aussi une pièce majeure de la stratégie de François 1er qui, à point nommé, lui donna les moyens de lutter contre la double emprise des flottes, anglaise et espagnole. Le sculpteur ne lui a pas rendu son regard de marin. Il lui a plié le col, comme à un puni. La statue de Marina Tsvetaïeva ne symbolise pas seulement l’exil, la solitude, une vie à contre courant. Tétanisée, hors sol n’est-elle pas, ainsi faite, le témoignage implacable des violences dont les Etats sont capables à l’encontre de leurs concitoyens ? Marina Tsvetaïeva, plus que jamais d’actualité.

Michelle Boulegue

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