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Bulletin 2014 Histoire - récit - mémoire

Quand le Hope était encore un projet

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La pinasse, «La Paulette», s’engage doucement dans le chenal, entraînée par son moteur, le 14-16 baudouin, juste assez puissant pour lui permettre d’entrer et de sortir du port. Le jour se lève à peine. Pour une fois les douaniers allemands avaient été à l’heure. Ce n’était pas comme à la marée précédente où il avait fallu rester tapis dans l’ombre à attendre leur arrivée. Pas moyen d’embarquer sans faire signer le carnet et ensuite accoster sur leur ponton, mouiller dans la Vie, et y subir la fouille. Aujourd’hui, Israël Chevrier est seul à bord, ses casiers, entassés à l’avant, prêts à être mouillés sur le plateau rocheux de «l’encornet», en face des dunes du Jaunay. Il connait les fonds comme sa poche entre l’île d’Yeu, Saint Jean de Monts et Brétignolles, à force de les sonder du bout de ses plombs suiffés. Il est fier de la réputation de l’équipage qu’il forme avec ses deux gars, André et Maurice. Il ne suffit pas de connaître les bons coins de pêche, il faut aussi savoir manoeuvrer les voiles, sitôt sorti du port, pour économiser le gasoil. Et une fois arrivé sur place, parvenir, sous voile, à relever les casiers en se plaçant sous le vent de la bouée qui signale l’emplacement, saisir la hampe du pavillon et haler sur l’orin sans frotter la coque au risque de faire fuir un homard perché sur le dessus comme c’était arrivé la semaine dernière. Il n’était pas rare d’en trouver cinq à gigoter dans la nasse. Dommage que les estivants ne viennent plus les déguster. Sale époque ! Lui et ses fils n’ont pas leurs pareils pour la pêche aux crustacés. Haler cinquante kilos à bout de bras demande de la force, du savoir-faire et de la finesse comme de se servir des mouvements de la houle et haler à son rythme quitte à faire danser le bateau quand la mer est d’huile. Pour l’heure, Israël s’apprête à dépasser la jetée de Boisvinet et le nid de mitrailleuses qui est enfoui à l’épaulement de la corniche. La rumeur raconte qu’il y a un souterrain reliant le bunker à la villa en retrait occupée par des officiers allemands. Il n’ignore pas qu’une quarantaine de nids de mitrailleuses et une quinzaine de blockhaus ont été enfouis dans les sables de la Garenne et tout le long de la corniche jusqu’à Sion laissant juste apparaître la gueule des canons, braqués sur le large et sur l’entrée du port. Israël se prend à envier la vue sur la mer qui s’offre aux soldats allemands en faction dans le blockhaus incrusté dans le haut de dune au-dessus de «la guillotine». La grisaille du petit matin se défait lentement tandis qu’à l’horizon, un trait de lumière sépare le ciel bleuissant de la mer encore couleur de pierre. Enfin, la mer libre ! Israël hisse la voile et pousse la barre à tribord afin que le vent tende la toile. Il a devant lui une demi-heure qu’il entend mettre à profit pour ruminer son projet. C’est un gars de Sion qui lui avait confié cette pinasse au moment de son enrôlement sous les drapeaux. Plutôt que de la laisser croupir le long d’un quai, il avait préféré la confier à un marin qui savait naviguer. Avec Israël, capitaine du bateau de sauvetage de Croix de Vie, il pouvait être tranquille. La mère du patron de «la Paulette» lui avait annoncé quinze jours plus tôt, rayonnante, que son gars allait être libéré du camp où il végétait comme prisonnier de guerre depuis deux ans. Il s’était fait prendre dès le début des hostilités comme tant d’autres. A son départ, il ne pensait pas partir pour si longtemps ! Israël est heureux de lui remettre en main la barre de cette pinasse qu’il bichonne avec soin sachant le prix de cette confiance. Maintenant il lui faut un bateau, seul moyen de subsistance de la famille. Il a en tête de reprendre les plans d’un ancien caseyeur sur lequel il a longtemps navigué et qu’il regrette encore. Ce serait un voilier, avec juste la place du 14-16 baudoin qu’il y replacerait. Les temps l’imposaient et ça ne lui déplait pas, tant qu’il pourra naviguer avec ses gars. C’est le moment d’utiliser ses 15 000 francs d’économies. Olympe, son épouse est d’accord.

Israël Chevrier et ses fils, en pêche

Israël Chevrier et ses fils, en pêche

Le bateau se dessine dans sa tête. Il le veut assez large pour avoir leurs aises, à trois, avec les casiers, et faire les manoeuvres. Bien dans les 3-4 mètres. Du coup il devrait avoir au moins 14 mètres de long hors tout, sous voile et 8,50 m à la flottaison. Il en confierait la construction à Didier Thomazeau dont le chantier, rue Pierre Martin, est voisin de son habitation. Il lui fait une totale confiance pour tirer les plans d’un bon bateau, seulement à partir d’un croquis et de ses indications. Pas un bateau ne sortait de son chantier sans avoir été d’abord précédé de longues discussions avec le futur propriétaire. Tous les deux savaient bien qu’un bateau est une affaire de coeur et de tête avant d’être celle des mains.
La légendaire débrouillardise du maître charpentier plait à Israël. La pénurie organisée par l’occupant rend tout tellement difficile que faire affaire avec Thomazeau est gage de succès. Par exemple, sa réserve de chêne faite à temps, une garantie pour un bateau solide. Le gréement lui donne plus de crainte. D’ici qu’il faille aller chercher le mât en forêt de Saint Hilaire ! Le bois n’aurait pas le temps de sécher. Il faudra naviguer avec prudence. S’agirait pas de casser en mer. Israël chasse ses inquiétudes en réfléchissant aux voiles. Vu le poids du bateau qui fera sans doute dans les 7-8 tonnes il demandera à Morineau, le voilier de la Grande Rue de lui couper une voile aurique, un foc, une trinquette et une voile de pic. Israël aime ces moments de réflexion en mer. Il lui semble avoir les idées plus claires qu’à terre où tout se complique. Il a bon espoir de mener à bien son projet malgré les difficultés de l’époque. Il peut compter sur les siens et l’expérience de ceux à qui il va confier une bonne part de son avenir. L’espoir ! Celui qui fait se lever le matin et réaliser l’improbable si on sait s’appuyer sur les bonnes épaules. Soudain, Israël agite joyeusement sa casquette au nez de la mouette qui lui tourne autour. Il sait comment il appellera son bateau à la barbe de l’occupant en lançant un clin d’oeil aux alliés par-delà les mers !

Le Hope sera mis à l’eau, quai Gorin, sans tambour ni trompette un jour de l’été 1943. Auparavant, il avait fallu que Maurice, en vélo aille jusqu’à la kommandantur des Sables d’Olonne pour se faire délivrer le carnet sans lequel aucun navire n’aurait été autorisé à sortir du port.

Le Hope encore caseyeur

Le Hope encore caseyeur

Le Hope sera barré par Israël Chevrier et ses fils pendant une dizaine d’années puis par un autre marin de Saint Gilles Croix de Vie qui en fera l’acquisition. Le Hope eut ensuite à naviguer hors des eaux de la Vendée pendant plusieurs années. Il fallut la ténacité de Jean Yves Robriquet et de quelques amis qui créèrent une association pour le ramener à Saint Gilles Croix de Vie et le remettre en état. En 1987 et 1988, une troupe scout de Niort, logée à la ferme de la Bégaudière s’attela à rénover sa charpente et son gréement. Après quoi, la troupe scout pu le faire naviguer pendant une semaine. Ce fut ensuite au tour du centre de formation professionnelle « AFPA », également installé à la Bégaudière de démonter et de remettre son moteur en état. Le Hope ne pouvait mieux témoigner de la valeur éducative de toute transmission de patrimoine. A compter du 5 décembre 1988, l’association, faute de moyen, céda le Hope à la ville de Saint Gilles Croix de Vie qui en a confié la gestion à l’association Suroît.

Depuis, il navigue 80 jours par an grâce à la disponibilité compétente des bénévoles de l’association qui se consacrent attentivement au dernier voilier de pêche de Vendée, seul inscrit au patrimoine maritime. Bientôt le Hope déploiera, de nouveau, ses voiles rousses, si familières, après une cure de rajeunissement de près de deux ans.

Michelle Boulègue
Article réalisé à partir des souvenirs de Maurice Chevrier et l’aide des écrits de André Droy.
Illustrations : 2 photos prêtées par la famille Chevrier.
Bulletin 2014 Les dossiers de VIE Nature et environnement

Joies et risques de la baignade sur la Grande Plage de Saint Gilles Croix de Vie

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Chenaux creusés par les courants d’arrachement - Photo V.I.E.

Chenaux creusés par les courants d’arrachement
– Photo V.I.E.

Devenu spot de référence du monde du surf (800 licenciés, 2ème club de France), la grande plage de Saint Gilles Croix de Vie attire de plus en plus de pratiquants de sports nautiques (surf surtout mais aussi, kitesurf, funboard, kayak) et amateurs de baignade. Pour autant, il y a lieu de prévenir des dangers de cette plage, les plus petits comme les piqûres de méduses et les plus sévères comme l’entraînement au large par des courants. La saison estivale 2013 des Maîtres Nageurs Sauveteurs (19 dont 6 CRS et 13 civils BNSSA) surveillant les 2,5 km de plage remarquable et particulière est révélatrice : 4 sauvetages vitaux (vie en danger), sauvetage de 76 baigneurs en difficulté et de 2 surfeurs, environ 500 soins bénins et 6 accidents graves ayant nécessité l’évacuation par les sapeurs pompiers (choc à la tête contre le remblai…), environ 2 enfants perdus par poste de surveillance lors des journées d’affluence, plus les incivilités (présence de chiens…). Concernant les courants, c’est lors de la marée montante en période de houle, que les risques d’être entraîné par un courant d’arrachement (lame de fond vers le large) sont les plus sérieux. C’est ce que nous ont confirmé les MNS, certains ayant été au cours de leur entraînement confrontés à ce type de phénomène toujours sur la grande plage de Saint Gilles Croix de Vie. La méconnaissance des recommandations peut être fatale au baigneur, même confirmé, s’il résiste imprudemment à ce courant. L’important pour tout baigneur emporté par un courant d’arrachement est de se rappeler du conseil suivant : Surtout ne pas paniquer, se rappeler de ce phénomène (d’où la connaissance minimum) et des conseils connus : ne pas tenter de résister au courant (même si l’on est un nageur expérimenté) et se laisser dériver en respirant calmement afin de conserver ses forces pour le retour. S’épuiser, s’essouffler est le meilleur moyen de se noyer. L’essoufflement survient en raison d’une respiration rapide qui n’élimine pas suffisamment le CO2. Petit à petit, le courant s’effacera, il sera temps alors de regagner sans affolement le rivage en se faisant pousser par les vagues déferlantes. Boire la tasse n’est pas grave, c’est l’essoufflement qu’il faut éviter. Signalons que les surfeurs (dont les éducateurs de surf effectuent également des sauvetages de baigneurs entraînés par ces courants). Concernant les méduses, il est déconseillé de se baigner ou de surfer parmi ces bancs de méduses. En cas de piqûre qui provoque une sensation de brûlure et des démangeaisons voire des nausées utiliser du sable chaud en tampon sur la plaie sans frotter, puis rincer à l’eau de mer, enfin passer une pommade anti-urticante. Des nécroses, observées sur la main de surfers, peuvent retarder la guérison. En cas de piqûres multiples, des réactions allergiques (avec vomissement et complications respiratoires) peuvent apparaître et devenir un réel danger pour les personnes vulnérables. Ceci dit, en toute prudence, bonne baignade à tous cet été.

Denis Draoulec

(*) BNSSA : Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique, accompagné d’un certificat de radiotéléphoniste et d’une formation de secourisme de niveau 2 (niveau des sapeurs-pompiers) et du permis bateau, soit une formation de 400 heures étalées sur huit mois d’octobre à mai.

Bulletin 2013 Les dossiers d'actualité

Le port de plaisance entre dans l’ère industrielle

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Le port va être le cadre de travaux importants qui vont bouleverser ses fonds et ses quais. Le but est de transformer le site afin d’en faire le cadre de la dernière étape de la production industrielle des unités « Bénéteau ».

Les points principaux de ce projet ont été approuvés par le conseil municipal du 22/11/2011 et déjà décrit par V.I.E. dans son bulletin 2012 :

  • Création d’un ponton de 200 m le long du quai Port Fidèle et du quai Rivière (1,5 million euros HT) afin de stocker et de procéder à l’accastillage des unités.
  • Elargissement de la darse de mise à l’eau aux dimensions de voilier de 65 pieds et de bateau moteur de 60 pieds (1 500000 euros HT).
  • Creusement du plan d’eau à la cote maritime de – 3m (2 millions d’euros).
  • Aménagement (éventuel) de l’aire de carénage et du parking de la conserverie (250000 euros HT).

Ce projet, d’un coût global, estimé et hors taxe à 5 250 000 euros n’avait pas encore trouvé ses financeurs au moment de son approbation par le conseil municipal hormis l’engagement de principe du Conseil Général. De l’entreprise, principale bénéficiaire de ces aménagements, il ne peut en être attendu plus que les frais d’utilisation des équipements pour chacune des unités mise à l’eau.

Le projet d’aménagement du port tel que V.I.E. se le représentait (avant déc. 2012).

Le projet d’aménagement du port tel que V.I.E. se le représentait (avant déc. 2012).

En 2013, où en sommes nous ?
L’attention des décideurs s’est concentrée sur différents points :

  • L’élargissement de la darse actuelle de mise à l’eau aux dimensions requises s’avère dangereuse pour les infrastructures du port de plaisance au point de nécessiter de s’orienter vers une autre solution. Il s’agirait d’un ouvrage ancré sur l’actuel môle carburant et conçu en débord qui permettrait au moyen d’un élévateur de 50 tonnes de déplacer les bateaux sur des bandes de roulement jusqu’au point de mise à l’eau. L’ouvrage de soutènement de 15 m de long sur 6 m de large reposerait sur des pieux placés parallèlement aux pontons existants. L’ouvrage serait protégé de la violence des courants à marée descendante par une paroi de béton. Toutefois il est indiqué que les remous liés à une rupture naturelle de niveau ont été considérablement réduits par le creusement de la fosse du ponton 8.

Cette hypothèse présenterait plusieurs avantages :

  • Le transport des unités à pied d’oeuvre serait facilité, outre leur mise en attente sur place.
  • L’exploitation du port de plaisance ne serait pas entravée par les travaux.
  • Le stockage des unités serait facilité par l’aménagement de la fosse (cote – 3 m) du ponton 8.
  • Le nouvel élévateur permettrait d’assurer les manutentions d’environ 90% de la flottille de pèche.*
  • Globalement le coût de ces modifications n’excèderait pas l’enveloppe envisagée.

 

L’inconvénient majeur de cette hypothèse serait que les unités mises à l’eau entreraient directement dans le courant. L’alternative serait de creuser la darse de mise à l’eau plus en retrait dans le terre-plain ce qui pourrait entraîner outre des surcoûts importants, la fragilisation du quai, la neutralisation du môle carburant mais l’actuelle darse de mise à l’eau pourrait être reconvertie en citerne à carburant. Le tracé de la piste cyclable envisagée par la mairie devrait être revu.

Dernière hypothèse fin 2012 :

  • Mise en place d’une potence de mise à l’eau des bateaux dans la deuxième darse du port de pêche.

Cette solution serait de toute la moins coûteuse et utile tant à la plaisance qu’à la pêche. Le financement de ce projet relève d’un montage qui implique les concours du Conseil Général et de la Région à hauteur de 20% pour chacune de ces collectivités. La Communauté de Communes, à priori partante pour une participation fixe de 1 ME, sous réserve d’une présentation plus détaillée du projet et de son plan de financement. Le FEDER et l’Etat seront sollicités.
La commune s’est mise en première ligne sur ce projet en qualité de maître d’ouvrage. Elle ne peut pas être pour autant le principal financeur sauf à vouloir faire peser lourdement la charge financière d’un aménagement industriel sur les habitants de Saint Gilles-Croix de Vie, quel que soit l’espoir de tous que ce projet génère de nouveaux emplois.
Les futurs aménagements portuaires projetés ne concernent pas une extension du port de plaisance qui dispose en l’état des équipements satisfaisants. Ils visent à faire entrer le port dans une nouvelle étape de son évolution, de type industriel. Il reste à espérer que la concrétisation de ce projet suscite des emplois directs et induits, en nombre et en qualité, à la hauteur des engagements financiers que les collectivités territoriales et l’Etat auront à supporter s’ils s’engagent.

Gérard Roche

*Le coût de la mise à l’eau d’un bateau de 35 tonnes (13-16 m) est actuellement de 800 euros qu’une utilisation partagée pourrait ramener à 500 euros.