L'océan, acteur majeur du Pays de SGXV

JEAN-CLAUDE MOREAU, PATRON-PÊCHEUR VIRTUOSE DU SEXTANT.

Jean-Claude est, depuis toujours, attiré par la mer.
En dépit d’une scolarité abrégée, il se passionne pour
la trigonométrie et devient un expert de la géolocalisation, à l’aide du sextant.

Comment êtes-vous devenu marin ?

Je suis né, en avril 1935, face à la pointe de GrosseTerre, tournée vers le large.
C’est dire si la mer m’appelait ! Je ne suis allé à l’école que jusqu’à 12 ans.
D’abord, j’ai travaillé à soigner les ânes de bât. Puis,
avec eux, à « monter » du gravier, depuis la plage,
pour permettre aux entreprises de maçonnerie de
couler du béton ; nous étions après-guerre : elles
travaillaient beaucoup.

En 1949, dès mes 14 ans, je suis parti à la mer,
comme mousse. En alternance, je fréquentais, avec
son brevet de mécanicien. Nous avons pêché ensemble
durant 30 ans. D’abord, pour le compte d’Elisée Gabriel,
entrepreneur de plomberie et armateur.

Puis, en 1966, nous avons fait construire un bateau neuf de
18 m, Océan des Tempêtes, équipé d’un moteur marin Poyaud de
300 chevaux, fabriqué à Surgères.
Au chantier Bénéteau, nous étions les premiers clients d’Annette Roux,
fille d’André Bénéteau.
Le navire fut lancé, le 11 janvier 1967 et nous avons
pris la mer, avec lui, en mars. Nous formions un équipage de 6 marins :
capitaine, mécanicien et 4 matelots.

Vous aviez une réputation de maîtrise du
sextant ?

À l’époque, pour s’orienter, le sextant était précieux.
Son usage principal, pour faire le point, en mer, hors
de vue de terre, est de relever la hauteur angulaire
du soleil à midi. Mais il y a des corrections à effectuer :
la dépression en fonction de la hauteur du bateau, la réfraction,
la parallaxe… Il fallait utiliser une
table de correction nautique, en fonction de l’heure
du jour, sur les éphémérides nautiques.

C’était tellement complexe que, sur zone, beaucoup
ne réussissaient pas trop à bien faire le point. Ils
demandaient leur position, je leur donnais la mienne ;
tout le monde se regroupait ; nous retrouvions ensemble la
route du retour au port.
Le sextant sert également à tracer des «droites de hauteur»,
des relèvements à terre, pour faire le point par segments ou arcs
capables, avec trois amers : phare, église ou château d’eau. Ainsi que la
distance en milles d’un phare dont la hauteur est
connue.

En 1990, j’ai pris ma retraite, à 55 ans. Après 37 ans
de navigation.

Désormais, la géolocalisation est à la
portée de tous ?

Depuis, de 1940 à 1980, s’orienter en mer était devenu plus facile,
grâce au système Consol, mettant en œuvre des signaux audio croisés
des radiophares de Plonéis en Bretagne et de Lugo en Espagne. Ils
permettaient un repérage nécessitant l’usage d’une carte Consol.
Ensuite, le système de radionavigation ou géolocalisation en mer DECCA,
indépendant des conditions de visibilité ; il était payant mais se
corrigeait seul.
Puis le système de radiolocalisation TORAN, d’une portée pouvant
atteindre plusieurs centaines de kilomètres, qui permettait une
localisation de précision métrique.
Enfin, les tables traçantes et les systèmes de GPS ont permis une
géolocalisation facile et accessible à tout le monde.

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