De la pêche…
Dernier thonier-ligneur sorti des chantiers navals
Bénéteau, le Belote et Re est lancé en mars 1957.
Événement très attendu par la population habituée
au rituel de la mise à l’eau des bateaux par gros
coefficient de marée, à l’étale de pleine mer du soir et de
préférence le samedi (jour d’affluence !).
Libérée de ses cales, la coque glisse dans la Vie,
quittant ainsi le quai des Greniers de Croix-de-Vie pour
rejoindre le quai du Port-Fidèle de Saint-Gilles où
elle sera amarrée, protégée par ses défenses.
Le bateau
est prêt pour accueillir ses équipements :
motorisation, voilure, aménagements intérieurs,
etc…
Sous le commandement du propriétaire, Roger Rivalin,
ce franc-cotre de 18 m de long et 5,5 m de large
naviguera jusqu’en 1977, à raison de 3 à 4 campagnes
de 25 jours sur les côtes d’Espagne et du Portugal au
printemps et une campagne en septembre, au sudouest
de l’Irlande, en fonction des migrations du
poisson et des conditions météorologiques.
Le thon blanc dit germon sur les côtes vendéennes
vit en mattes. C’est un poisson-chasseur infatigable
et vorace. Sa pêche est difficile vu le nombre de
lignes traînées: 15 au total (5 par tangon, 5 au cul du
bateau) d’où les risques d’emmêlage. Chaque ligne
porte un nom : de la plus courte, la chiure à la plus
longue, la sabaye.
Poisson méfiant, le thon est sensible aux bruits et
autres ultrasons, qu’ils viennent du moteur ou des
chocs sur la coque.
Le leurre de crin, blanc, rouge ou jaune, est choisi en
fonction de la luminosité.
Une fois pris, le thon, d’environ huit à dix kilos, est
remonté à bord par le canneur assisté d’un gaffeur. Il
est aussitôt ébayé.
Après la pêche, le temps est venu de glacer le poisson:
une tâche fatigante qui suit une dure journée de
déhalage.
Acquis par Jacques Perraudeau, le Belote et Re est
équipé d’un moteur de 240 chevaux et d’une passerelle.
Transformé en chalutier pélagique, pêchant en
bœufs avec un deuxième bateau en acier, les abordages
répétés abîmèrent ses flancs.
… à la plaisance.
En 1983, mal en point, amarré à un quai de la deuxième
darse du port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, le
Belote et Re se délabre dans l’indifférence.
En 1985, coup d’œil et coup de cœur ! André Duranteau,
fils de marin-pêcheur giras, est séduit par l’élégance
de la coque du Belote et Re dont l’arrière en cul
de poule signe son identité de thonier- ligneur. Il en
fait l’acquisition, pour un franc symbolique, et entreprend
sa métamorphose dans la foulée.
André Duranteau avait appris la pêche côtière avec
son père pendant ses vacances scolaires. Dès que
ses moyens le lui avaient permis, il avait, dans un premier
temps, acheté un cotre-marconi, L’Hirondelle,
construit par le chantier Thomazeau de Croix-deVie, se
familiarisant ainsi avec la navigation à la voile.
Dès 1985, il s’attache à la rénovation du Belote et
Re en l’équipant d’un nouveau pavois sans gaillard
d’avant.
1985 – 1987: Décapage et calfatage de la coque.
1988 – 1990 : Reprise des aménagements intérieurs, de la coque et du pontage.
Pose d’un moteur Fayard Pym de 105 chevaux et
remplacement du châssis d’origine en bois par un
châssis en acier.
1991-1992 : Préparation du gréement: pose d’un
bout-dehors et installation d’un gréement permettant
de déployer 6 voiles d’une superficie de 281
m². De thonier-ligneur, le Belote et Re est devenu un
cotre aurique.
1994 : Essais du plan de voilure avec des voiles d’occasion.
Ainsi transformé, le Belote et Re participera à
plusieurs rassemblements mettant en valeur les vieux
gréements à Noirmoutier, l’Ile d’Yeu, ainsi qu’aux
Fêtes Maritimes de Brest de 1996, 2000, 2004 et
aux Tonnerres de Brest en 2012.
En 2007 le Belote et Re obtient, distinction enviée,
son inscription au patrimoine maritime et fluvial.
Le Belote et Re, aujourd’hui amarré à Daoulas (Finistère),
n’a pas fini d’embarquer rêves et projets.
Lexique :
• défense : pare-battage,
• germon : thon blanc,
• matte : banc de poissons,
• pavois : partie de la coque au-dessus du pont,
épaulée par des jambettes,
• giras : originaire de Saint-Gilles,
• tangon : perche à laquelle on fixe les lignes de
traîne,
• ébayer : éviscérer le poisson afin de ne pas
contaminer la cargaison.








