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Bulletin 2018 Dossiers d'actualité

L’échouage des dauphins.

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Une triste découverte.

Dauphin échoué en février 2017 – Grande Plage de Saint-Gilles-Croix-de-Vie

Ce matin de février 2017, la grande plage de St-Gilles-Croix-de-Vie retrouve son calme après le passage tonitruant des tempêtes Kurt, Leiv et Marcel, qui, sans être exceptionnelles, se sont relayées pour balayer la côte atlantique et n’ont accordé de répit ni aux animaux ni aux hommes.(1)

Un chien court sur la plage, la truffe à l’affût des débris jonchant le sable. Soudain, avant de dépasser les rochers bordant la baie, il se fige et fait entendre un long hurlement. Une forme est allongée, immobile sur le sable mouillé, les contours doucement floutés par la brume, linceul diaphane. Il s’agit d’un dauphin, mort et échoué à la faveur de la première marée de la journée. Ni les goélands ni les crabes ne l’ont encore entamé.

Un phénomène récurrent.

Le Centre d’observation des mammifères et oiseaux marins de la Rochelle, Pelagis, se charge de le recueillir pour l’autopsier et analyser les causes de l’échouage. Car si le spectacle d’un dauphin échoué sur la plage est choquant pour le simple promeneur, il n’est pas rare, puisque, chaque année, environ 200 à 500 échouages de dauphins sont enregistrés sur la côte atlantique. Mais ce qui étonne les scientifiques, c’est le nombre important d’échouages constatés entre le 1er et le 10 février 2017, de la Loire à la Gironde, trente fois plus élevé que le niveau « normal», comme l’explique le centre Pelagis le même mois. En effet, durant le seul premier trimestre, la Vendée et la Charente-Maritime ont à elles seules cumulé près de 490 échouages. (2)

L’augmentation des échouages, phénomène naturel ou accidentel ?

Les scientifiques ont écarté l’explication tirée de la succession des tempêtes, qui n’ont eu qu’un effet « révélateur». En effet, les courants n’ont fait que pousser vers les plages du littoral les carcasses des dauphins déjà morts.

Les échouages recensés ne concernent pratiquement que la seule espèce des dauphins communs (98% des animaux examinés). Les premières études effectuées sur 68 dauphins révèlent que leur mortalité est due pour 85% à la capture accidentelle dans un engin de pêche, comme le démontrent les traces de fractures et d’amputations relevées par l’observatoire Pelagis.

En ce qui concerne la côte Atlantique, le système MOTHY (Modèle Océanique de Transport d’Hydrocarbures) a analysé les zones probables de mortalité accidentelle. Il s’agit soit d’une capture près des côtes de Charente-Maritime et de Vendée (30 à 80 km des côtes), soit une capture intervenue à proximité du talus continental (environ 150 km des côtes).

La principale explication avancée pour ces échouages massifs d’une seule espèce résiderait dans le fait que les dauphins communs et les bars «sélectionnent  »les mêmes espèces de proies ce qui pourrait les amener à se retrouver ponctuellement aux mêmes endroits où peuvent aussi figurer les bateaux de pêche», notamment ceux qui pratiquent la pêche au chalut pélagique en bœuf. Cette technique très pratiquée dans la région des Pays de la Loire permet l’utilisation de chaluts à ouverture plus importante, de manière alternative et donc un meilleur rendement. Cependant cette méthode ne permet pas de faire le tri entre les poissons recherchés (bars ou thons) et les dauphins, (3Dans le même temps, les pêcheurs exerçant dans cette zone remarquent depuis quelques années une augmentation significative du nombre de dauphins évoluant près de leurs bateaux. Ils se rapprochent de plus en plus des côtes, été comme hiver et ont même pu être observés de la jetée de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. En l’absence de données chiffrées exploitables, cette observation faite unanimement par les professionnels de la pêche nécessite d’être prise en compte, pour estimer l’impact des pratiques des pêcheurs sur l’augmentation du nombre des échouages.

La conservation de l’espèce est-elle en danger ?

Pour établir un état exact de la population de dauphins communs et son évolution, on dispose actuellement de données globales, établies par les programmes de recensement SAMM et SCANS. Selon eux, il y aurait 100 000 dauphins communs en été et 200 000 en hiver répartis du sud du golfe de Gascogne à la Manche ouest.

En revanche, il est actuellement difficile d’estimer le nombre d’échouages des dauphins sur les côtes atlantiques françaises (de 4 000 à 400 selon la méthode). Dans l’ignorance du réel quota de morts prématurées au regard du chiffre de la population, la réduction des captures accidentelles doit être impérativement recherchée, non seulement par précaution, mais également dans l’intérêt des pêcheurs.

L’intérêt des pêcheurs.

 Loin de se désintéresser du sort des dauphins qu’il leur arrive de ramener dans leurs filets avec les bars et les thons, les patrons-pêcheurs s’inquiètent de cette recrudescence d’accidents. En effet, non seulement l’équilibre du milieu marin peut se trouver menacé, mais eux-mêmes subissent d’importants dommages matériels et des pertes financières. Le même discours est tenu par Willy Dabin,

(Ingénieur à l’Observatoire pour la conservation des mammifères et oiseaux marins et au Réseau national d’échouage – RNE). « Pour un pêcheur, il n’y a aucun intérêt à remonter un dauphin, au contraire, confirme Caroline Mangalo, chargée de mission au Comité national des pêches maritimes et des élevages marins. D’un point de vue économique c’est dommageable, les dauphins pris dans les filets abîment le poisson et peuvent détériorer le matériel.» Et aucun pêcheur ne souhaite être associé à une image de « tueur de dauphins» (4). Les pêcheurs confirment cette analyse. N’oublions pas que les filets adaptés à ce type de bateau sont extrêmement coûteux et que leur remplacement peut s’avérer nécessaire après plusieurs prises de dauphins. Le bénéfice d’une campagne de pêche, au demeurant toujours aléatoire, peut se trouver altéré par les conséquences de ce type d’accidents.

Des solutions inefficaces et une recherche en panne.

Cependant quelques solutions ont été avancées, notamment technologiques (engins modifiés, répulsifs acoustiques)ou adaptation de la stratégie de pêche. Mais on ne peut que constater l’inefficacité aggravée par le manque de moyens financiers pour des études approfondies. Des répulsifs acoustiques ont été testés depuis 2002. Mais force est de constater qu’ils ne constituent pas une véritable réponse puisque selon les études effectuées, outre leur manque d’efficacité, ils produiraient des dommages sur le système auditif des dauphins qui pourrait affecter leur système d’écholocalisation ! Des tentatives de modification des engins de pêche ont également été testées. Ainsi, Willy Dabin explique : « On a, par exemple, installé des trappes d’échappement sur les chaluts, qui fonctionnent très bien pour les tortues, mais pas pour les) mammifères marins qui sont beaucoup plus actifs et s’épuisent dans les filets.»

  • Une autre solution est avancée par le responsable océans et côtes pour WWF France Denis Ody. Il préconise de «revoir les méthodes de pêche». Mais il s’avère que les recherches et la mise en place éventuelle de dispositifs plus sélectifs à destination des pêcheurs requiert un important effort fi nancier (cf. : l’avis de 2012 du CESE – Conseil économique social et environnemental – sur la politique commune de pêche).

Un désintérêt des pouvoirs publics. Au niveau européen, la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (2008/56/ CE) du 17 juin 2008 oblige chaque État membre à élaborer une stratégie en vue de l’atteinte ou du maintien du Bon État Écologique. Elle a été suivie en France par un Plan d’Action pour le Milieu Marin, en vue de réaliser ou de maintenir un bon état écologique du milieu marin au plus tard en 2020. Ce plan a été suivi d’un programme de surveillance pour les années 2014– 2017, sans réel impact concret, dans la mesure où aucune proposition d’action n’a été engagée. En effet, la préservation de cette espèce de dauphins est classée actuellement en « préoccupation mineure» dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Il apparaît évident que si le déblocage de fonds est indispensable pour trouver des solutions pérennes, satisfaisantes pour la préservation du milieu marin et l’économie maritime, ce n’est qu’avec une action ciblée et coordonnée de tous les acteurs, pêcheurs, ingénieurs, pouvoirs publics, CCI, etc., qu’une vraie réponse pourra être donnée, afin que le dauphin continue à nous enchanter dans les vagues et non à nous désespérer sur la grève.

Christine Ménard.

 

Documentation :
  • Données de METEO France. 
  • CNRS – Actualités observatoire Pelagis mars 2017 – «Pic d’échouages multiples de dauphins».
  • COREPEM – Pratiques de pêche en pays de Loire – «La pêche embarquée – Le chalut pélagique».
  • Article du Monde du 25-03-2016 – «Dauphins échoués sur la plage – La pêche industrielle en ligne de mire».
  • Dossiers de l’association SOS GRAND BLEU – «es répulsifs acoustiques contre les prises accidentelles » 
Bulletin 2018 Dossiers d'actualité

Vogue avec les vagues

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Le surf pour tous à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

Lorsque le vent souffle en rafales et balaie le remblai de la «Grande Plage» de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, celle-ci n’en est pas pour autant désertée. De multiples silhouettes, gainées de leurs combinaisons telles des peaux de requin bleu, parsèment l’océan hérissé des pointes mousseuses des vagues, dans un ballet aux mouvements tout à la fois désordonnés et empreints d’une grâce fragile.

Mais qui sont-ils, ces surfeurs obstinés, des sportifs accomplis ou de simples amoureux de la glisse sur la mer ? Et pourquoi notre paisible station vendéenne se transforme-t-elle en émule de Malibu ?

glisse scolaire avec les élèves des Salines – Photo VIE IMG 4109

Le surf sans barrières.

Les immatriculations des véhicules garés près de la plage révèlent des provenances parfois lointaines. Ainsi, quatre étudiants belges avouent avoir choisi ce spot pour leurs vacances en raison du temps plus clément que sur les côtes normandes et parce que les vagues sont assez hautes pour s’amuser, mais plus abordables que celles de Biarritz. Les nombreux restaurants de qualité et aux prix raisonnables constituent un autre atout non négligeable.

 

Le surf, vecteur universel d’énergie. Les nombreux bienfaits du surf sont reconnus, à tous niveaux. Bien sûr, le surf ne peut se pratiquer qu’au bord d’une mer formée. Immédiatement, emplir ses poumons face aux embruns chargés de sel et d’iode procure un sentiment de bien-être.

La spécificité du surf tient au fait qu’il faille passer beaucoup de temps à aller chercher la vague, allongé à plat ventre sur la planche. Il faut ramer de toute la force de ses bras pour dépasser les premiers rouleaux, puis patienter jusqu’à l’arrivée de la « bonne vague». Dans le meilleur des cas, lorsque l’on a réussi à se mettre debout, il faut maintenir la posture idéale pour faire corps avec la vague. Commencent quelques secondes quasi-miraculeuses où le surfeur a trouvé le point d’équilibre parfait entre le ciel et l’eau.

Dans les manœuvres d’approche, toute la chaîne musculaire, des épaules jusqu’au bas du dos, est mise en œuvre. Puis souplesse, agilité et équilibre sont requises pour se redresser et les jambes vont devoir fournir un effort pour s’adapter à cet exercice périlleux et se stabiliser. En conséquence, c’est l’ensemble du corps qui est sollicité, raffermi, redressé, jour après jour, séance après séance.

Mais le mental profite également des bienfaits de la pratique du surf. L’effet bénéfique du sport en général a été reconnu officiellement par la loi du 26/01/2016, qui permet au médecin de prescrire la pratique d’un sport à titre de soin. Notamment, l’effort physique a pour résultat, comme tout sport, de secréter les endorphines qui « agissent sur les zones du cerveau qui captent les opiacés (morphine par exemple), en particulier des zones associées à la perception de la douleur ». (1) Ceci est particulièrement vrai pour les sports d’endurance, dont les effets se font ressentir après une durée minimale de trente minutes. A cette sensation de bien-être, le surf associe de la notion de jeu, de confrontation avec les éléments et avec ses propres capacités. Le surfeur, contrairement à une image extérieure un peu artificielle doit cultiver l’humilité. Il n’est qu’un fétu de paille sur sa planche, face à l’immensité de l’océan. Mais quelle récompense lorsqu’il parvient à se redresser et à épouser les larges mouvements du dos rond de la vague, ne serait- ce qu’un court instant. Ce sentiment de réussite ne peut que conforter, voire installer, la confiance en soi, à tout âge, particulièrement vitale lorsqu’on se trouve confronter aux difficultés de la vie. Alors le surf est- il ouvert à tous. Quels que soient l’âge ou les capacités physiques ?

Les prérequis du surf.

L’océan représente un vaste espace de liberté dont chacun peut profiter à sa convenance. Malgré tout, pour la pratique du surf, certaines malformations ou maladies peuvent se révéler rédhibitoires de manières provisoire ou définitive, dans la mesure où elles compromettent la sécurité du surfeur (notamment celles qui concernent la colonne vertébrale, les infections, les problèmes articulaires). Il est donc fortement conseillé de consulter un médecin. Les écoles de surf exigent d’ailleurs la présentation d’un certificat médical de non contre-indication datant de moins d’un an comme le prévoit la législation (2) ; En revanche, le handicap n’interdit pas la pratique du surf, bien au contraire. C’est ainsi que l’école de surf labellisée de la SEMVIE met en application le programme de l’association nationale Handi surf, dans le cadre de la délégation pour le développement du Handi- surf par la FFS et le ministère des sports. Elle offre un encadrement spécifique et des installations adaptées, ainsi qu’une pédagogie rapprochée. Que le sportif soit allongé ou debout, il peut faire corps avec l’océan et se nourrit de l’énergie de la vague.
De même, le Surfing Club Saint-Gilles met l’un de ses professeurs à la disposition d’un sportif de haut niveau handicapé, Philippe Naud, afin de le préparer pour les JO de 2020 à Tokyo. Il a également été sélectionné pour les Championnats du monde Handi surf, qui se tiennent en Californie fin 2017 (3).

Une pratique scolaire en expansion.

Comme tout sport, une pratique du surf dès le plus jeune âge permet d’acquérir les bases de manière plus progressive et plus solide. Dans ce but, les écoles et collèges de Saint-Gilles-Croix-de-Vie ont mis en place des structures et un programme à partir de l’école primaire.

Ainsi, au niveau des classes de CE2, deux éducateurs sportifs de l’école de la SEMVIE (avec quatre accompagnateurs) ont dispensé une dizaine de séances d’initiation en mai-juin 2017 sur la Grande Plage. Les élèves, après avoir apprivoisé l’élément « eau» et une simulation sur le sable, ont pu goûter à la joie de glisser sur des planches «école».

Puis, dès la 5ème, les collégiens volontaires, notamment ceux éloignés du littoral, peuvent choisir l’option surf, pour des séances hebdomadaires. En vue de la compétition, cette possibilité est complétée par des classes « section surf » en 5ème et 4ème, après une sélection tenant compte du niveau de surf et du niveau scolaire. Ainsi, les élèves bénéficient de deux séances de trois heures par semaine et peuvent effectuer des stages dans d’autres spots, voire s’engager dans la compétition. N’oublions pas la perspective de l’ouverture d’un lycée en septembre 2021 et de la possibilité de la création d’une section sport-études consacrée au surf.

Les offres complémentaires des écoles de surf

Le « paysage surf » de Saint-Gilles-Croix de-Vie, étoffé au fil des ans, propose trois écoles. Entre le trentenaire Surfing Club Saint-Gilles et la solide école de surf de la SEMVIE, s’est glissée depuis 2016 l’école MAHALO SURF.

*              Le Surfing Club de Saint-Gilles dispense des formations depuis le plus jeune âge. Il s’est également tourné vers la compétition de haut niveau et a engrangé quelques jolies réussites, dont la rideuse Hina Conradi. A 13 ans, elle s’est classée 6ème aux Mondiaux juniors du Japon et va intégrer le Pôle France. Sur cette lancée, elle a remporté la finale européenne du circuit Ripcurl GromSearch en novembre 2017.

Le Surfing Club est à présent le plus important club de France en termes de fréquentation. Le club est non seulement ouvert chaque jour pendant la saison, mais propose des entraînements deux fois par semaine pour les jeunes intéressés par la compétition. Le club accueille régulièrement des compétitions « fédérales» sur la Grande Plage.

Comme expliqué plus haut, le club est également fortement engagé aux côtés d’un sportif de haut niveau handicapé, Philippe Naud.

Le club n’oublie pas son rôle en matière de prévention des accidents et de formation aux gestes de premier secours. Avec l’association V.I.E., une affiche a été conçue pour prévenir les baigneurs des risques liés aux courants d’arrachement (courants entraînant vers le large), présents dans la baie de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

*              L’école de surf de la SEMVIE, inaugurée en 2006, se tourne davantage vers l’initiation et le perfectionnement, dans le cadre d’une pratique globale des sports nautiques et de glisse sur l’eau.

Elle a développé une section handisport étoffée, combinée aux autres activités liées au nautisme (voile et char à voile). Notons que les activités de l’école de la SEMVIE ne se limitent pas aux vacances scolaires, mais ont lieu toute l’année.

*              Pour répondre à la demande croissante de cours de surf à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, l’école MAHALO SURF dispense des formations et propose des stages pendant les vacances scolaires depuis deux ans. Elle mène également les jeunes surfeurs motivés vers la compétition.

Avec la semaine des quatre jours, l’école a élargi son off re aux enfants le mercredi toute la journée, à raison de huit élèves au maximum par séance. La mine réjouie des enfants, quand ils ont réussi à enfourcher une vague, est la meilleure preuve que le surf est un sport autant ludique que valorisant. Et gageons que la vie de nombre de ces graines de sportifs sera impactée par la découverte de cette discipline exigeante mais ô combien exaltante.

Ne vous étonnez donc plus, lorsque vous vous promenez sur le remblai de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, de voir tous ces surfeurs glisser … ou tomber et ne les traitez plus de fous. Ce sont peut-être eux les sages !

Christine Ménard.

Documentation :
 (1)            Article JOGING INTERNATIONAL 02/08/2012 - «Endorphines-courez-vers-le-bonheur» du Docteur Nicolas BOMPARD, médecin du sport.
 (2)            Loi du 26/01/2016 et décret du 24/08/2016 relatifs au certificat médical attestant de l’absence de contre-indication à la pratique du sport.
 (3)            Site internet : https://www.surfi ngfrance.com/ equipe-de-france/equipe-de-france-actus/les5-francais-pour-les-world-adaptive.htlm
Bulletin 2018 Histoire Récits Mémoire

Les petits animaux de l’estran se racontent

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L’étoile de mer (Asterias rubens)

Vue grossissante des pieds ambulacraires ou podia

Il y a les étoiles filantes, l’étoile du berger, les stars du cinéma, les fleurs appelées asters et stellaires, les astéroïdes , et puis, il y a moi : l’étoile de mer. Il existe environ 2000 espèces d’étoiles de mer qui, comme les oursins et les ophiures, appartiennent à l’Embranchement des Echinodermes (de echino: piquant et derma: peau). Notre corps qui se divise en 5 parties (symétrie pentaradiée) est recouvert de plaques calcaires mobiles (soudées chez les oursins).

Avez-vous remarqué que je m’accroche quand on essaie de me prendre ? Ce sont mes pieds ambulacraires ou podia, très nombreux, terminés par des ventouses qui se collent et se décollent sans arrêt quand je me déplace.

J’ai aussi une façon bizarre de me nourrir. D’abord, ma bouche est en bas et mon anus est en haut ! Je suis la terreur des mytiliculteurs car j’adore m’attaquer aux moules et pourtant, je n’ai aucun moyen pour transpercer leur coquille. Alors, voilà mon secret : j’embrasse, au sens propre du terme, ma proie, en collant mes petites ventouses sur sa coquille et je tire lentement et très fort jusqu’à ce qu’elle cède en entrouvrant ses valves. Je dévagine mon estomac qui s’introduit à l’intérieur de l’animal, les sucs digestifs entrent en action, la chair de ma proie est ainsi liquéfiée à l’extérieur de mon corps et je n’ai plus qu’à tout absorber. Original, non ?

J’ai aussi un autre pouvoir extraordinaire : un bras de coupé, un autre retrouvé ! C’est un pouvoir de bourgeonnement que possèdent aussi d’autres animaux peu évolués comme les méduses, les hydres et les vers.

Et puis, le saviez-vous ? Je vois ! Mes yeux ressemblent à de minuscules taches rouges situées à l’extrémité de mes bras. Ce sont en fait des organes photorécepteurs constitués par de minuscules et nombreuses cupules contenant chacune, cristallin, gelée interne, rétine et fibres nerveuses. Des yeux miniatures !

Enfin, je ne vous dirai pas si j’ai une bonne mémoire visuelle et si je vous reconnaîtrai quand vous croiserez à nouveau mon chemin mais j’accepterai ce compliment quand vous me direz :  » t’as d’beaux yeux, tu sais !  »

Le pignon (Donax vittatus ou trunculus)

pignons et six siphons

J’ai été chanté par des groupes folkloriques (Bise-Dur et le Nouch) « pignon gratte, pêchons les jolis pignon» mais hélas ma chanson n’a pas eu autant de succès que «la pêche aux moules ». Depuis des générations donc, ma pêche est un rituel sur les plages de Saint- Gilles- Croix- de -Vie, Saint- Jean- de -Monts et Les Sables- d’Olonne. Certains me pêchent « aux trous », d’autres avec une griffe ou encore avec une drague qui laboure le sable pour me déloger. Je suis donc bien enfoui dans le sable fin et non vaseux. A marée haute, seuls mes deux siphons sortent du sable, l’un pour aspirer l’eau et la nourriture (plancton et matières organiques en suspension), l’autre pour rejeter l’eau et les déchets. À marée basse, je m’enfonce de quelques centimètres en gardant de l’eau qui me fournit l’oxygène nécessaire à ma survie. Je peux m’enfouir très rapidement à l’aide de mon pied musculeux qui creuse comme le soc d’une charrue. Ma pêche est réglementée et je dois mesurer au minimum 2,5 cm. On me fait aussi des analyses régulières pour voir si je n’ai pas absorbé trop d’Escherichia coli (le bacille du gros intestin….beurk! ) pouvant provenir des boues rejetées sur la plage. Même si je me reproduis bien, laissez-moi le temps de me développer. Pas plus de 2kg par personne et par marée. Mon nom scientifique est Donax vittatus ou Trunculus et mon nom français Donace des canards en raison des Bernaches qui fouillent le sable pour me trouver. C’est vrai que ce nom est peu utilisé suivant les régions, on m’appelle flion, Lagagnon, olive, blanchette ou pignon. Je préfère pignon, c’est tellement plus mignon !

Pignon sortant son pied pour s’enfoncer dans le sable

On m’appelle parfois Telline. Scientifiquement parlant, les vraies tellines (Telline papillon, Telline aplatie) font partie des Tellinidés et moi des Donacidés. Ces deux familles sont des Mollusques Lamellibranches ou Bivalves comme les huîtres et les moules. Je diffère des vraies Tellines par quelques caractères : une forme plus bombée, des petites dents qui bordent l’intérieur de ma coquille et aussi une coloration violette à la face interne de mes valves. Comme les chiens (Canidés) et les chats (Félidés), nous les pignons, ne sommes ni de la même famille, ni de la même espèce que les vraies tellines. Nous ne pouvons donc pas nous reproduire avec elles. Quel dommage ! Je les trouvais pourtant séduisantes !

PS: Telline est devenu un nom vernaculaire qui désigne des bivalves me ressemblant.

Texte et photographies de Catherine CHAUVET