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L’AGGLOMÉRATION, HISTOIRE, ENJEUX ET PERSPECTIVES

HISTOIRE DU REMBLAI DE LA GRANDE PLAGE DE SAINT-GILLES-CROIX-DE-VIE

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A l’origine du remblai, la vogue des bains de mers

 

A l’origine du remblai, la vogue des bains de mers Le 27 janvier 1855, Auguste Messager, maire de Saint-Gilles-sur-Vie, savoure la lecture du décret impérial l’autorisant à créer une station de bains de mer sur la plage de la Garenne de Retz. Deux ans déjà qu’il rêve d’offrir à sa commune le destin enviable des stations de bains de mer en vogue sur les côtes basque et normande. Un obstacle majeur s’y opposait jusqu’alors : Saint-Gilles-sur-Vie ne dispose pas de plage alors que, à sa porte, sur le territoire communal de Brétignolles-surMer, celle de la Garenne de Retz déroule ses sables fins. Les préjudices subis par ses concitoyens du fait de la divagation d’animaux laissés libres de pâturer sur cette garenne, au détriment de leurs cultures pratiquées au creux des mottées, lui offrent l’opportunité de réaliser son ambition. N’exercerait-il pas une police plus efficace si ces terres incultes et sans valeur passaient sous la juridiction de la municipalité de Saint-Gilles-sur-Vie ? Le maire de Brétignolles-sur-Mer céda. La Préfecture de la Vendée approuva.

La station de bains de mer est lancée le 4 juin 1856

Ce jour-là, le Conseil municipal de Saint-Gilles-sur-Vie approuve l’arrêté réglementant les bains de mer sur la commune. Aussitôt, une passerelle est jetée sur le Jaunay et un chemin charretier est tracé à travers la dune, en droite ligne jusqu’à la plage. Dès l’été 1856, les premiers chariots bâchés conduisent des audacieuses et des audacieux jusqu’aux premières vagues, sous la surveillance rapprochée d’un maître-nageur. Les émotions ressenties se racontent dans les salons de La Roche-sur-Yon, de Nantes et de Cholet. Les beaux jours venus, la fréquentation s’intensifie. Un peintre vendéen dont les salons d’exposition parisiens ne boudent pas les œuvres, sensible à cet engouement, vient puiser l’inspiration sur la plage. Son œuvre « La perle des vagues » fait sensation au point que l’impératrice Eugénie l’acquière, il est exposé au Prado. Enthousiaste, Edmond Baudouin, entrepreneur de construction, crée la société « Riou et Baudouin » pour louer des cabines de plages plantées à 50 m de la limite des vagues. Il creuse le premier puits sur le haut de la dune de la Garenne, et ouvre le premier casino. Il en confie la gestion à Monsieur Canaff. Marcel Baudouin, convaincu du destin touristique du littoral fonde le premier Syndicat d’Initiatives à Saint-Gilles-sur-Vie.

Les bâtisseurs se succèdent de 1886 à 1978 sur la dune de la Garenne

1886-1893

Quasi simultanément, deux visionnaires offrent aux amateurs de bains de mer la possibilité d‘en prolonger les plaisirs en leur louant des chalets confortables. Propriétaire de 53 ha des dunes de la Garenne de Retz et du Jaunay, Paul-Théophile Bascher est le premier à créer, en 1886, un « hameau » adossé à la dune, à l’abri des vents marins, orienté vers le bois de cyprès bordant le Jaunay. Ce « hameau » est composé de 4 chalets et d’un casino, disposés en étoile autour d’un espace sableux, l’actuelle place Rochebonne, au bout du chemin d’accès à la plage. Il confie la conception des chalets et la conduite du chantier à Félix Charrier puis à son fils Onésime, tous deux architectes de renom. Des chalets sont baptisés du nom de ses enfants, Sainte Marie de la Garenne de Retz (aujourd’hui démolie), Sainte Odile de Retz rebaptisée Saint Joseph de Retz, L’Océan et Les Anges de Retz. Le casino deviendra un salon de thé, reconnaissable à son clocheton.

Dans le même temps, Victor Bodin, cordier à Thouars, tenté par l’aventure, crée un lotissement de 5 villas vers la pointe de la Garenne de Retz : Bébé, La Vie, La Plage, Les deux Sœurs et Bel Air. Ces deux précurseurs firent appel aux entreprises Billon et Biron, véritables dynasties de bâtisseurs ayant à leurs actifs, sur plusieurs générations, de nombreuses villas balnéaires sur la Garenne de Retz, l’avenue de la Plage et le long de la corniche de Sion. En 1911, Louis Scoff, entrepreneur parisien, construira le dernier lotissement à proximité des Maisons Bodin. La balnéothérapie ajoute aux plaisirs des bains de mer une dimension thérapeutique ardemment défendue par le Docteur Abélanet. Convaincues, les sœurs de Saint Charles font construire en 1893, sur la Garenne de Retz, un centre de soins héliomarins, la Villa Notre-Dame. L’architecte Alphonse Guerit, la conçoit haute de deux étages, coiffée d’une toiture « à la Mansart » et dotée d’une terrasse-solarium qu’une aile protège des vents de noroît.

De 1893 à 1939

Des villas cossues sont édifiées en haut de dune dans le prolongement de la Villa Notre Dame : Les Tamaris, Les Flots, L’Atlantique, Les Dunes … Leurs propriétaires découvrent dès 1894 que le bord de mer est aussi, l’hiver, le théâtre du déchaînement des forces de la nature. Arrachant clôtures et jardinets, les tempêtes se succèdent, plus ou moins rapprochées et de forces variables, mais toujours génératrices de dégâts. De guerre lasse, les propriétaires s’organisent et créent un Comité de la Digue présidé par Maurice Perray, propriétaire de la villa L’Atlantique, en vue de mutualiser leurs moyens d’action, de faire pression sur la municipalité et d’en obtenir le concours financier. Ils bénéficient de l’appui de Marcel Baudouin, président du Syndicat d’Initiatives qui craint par-dessus tout que les tempêtes répétées ne découragent les amateurs de loisirs balnéaires et ne compromettent l’avenir touristique du littoral.

La mémorable tempête de 1924

Ce matin du 24 décembre 1924, des villas sont au bord du vide. Des bateaux balayés jusque dans le Jaunay, sont détruits. La municipalité participe à hauteur de 400 000 francs au financement du premier segment du perré de 185 m de long édifié devant la Villa Notre Dame et au-delà. C’est l’origine du remblai que nous connaissons aujourd’hui.

1941-1945

L’armée d’occupation allemande investit le littoral atlantique à des fins militaires et érige le Mur de l’Atlantique afin d’empêcher tout débarquement. A grand renfort de béton, 548 ouvrages sont édifiés sur le littoral vendéen dont 48 bunkers dans les dunes de la Garenne de Retz au sommet vitrifié par une route utilisée par le train continu des bétonnières. Depuis lors, ces vestiges militaires fragilisent la dune et le remblai.

1946-1966

Les habitants retrouvent leur dune et en font un solarium au détriment de sa couverture végétale. En 1950, la route est utilisée pour reconstruire la digue détruite en 1944 par l’armée allemande en retraite. De 1962 à 1966, les travaux de consolidation du remblai se poursuivent.

1967

Une nouvelle flambée de constructions érige en haut de la dune des immeubles les pieds dans l’eau à même de satisfaire l’afflux grandissant des amateurs de tourisme balnéaire. L’entreprise Voisin de Coex, intercale des immeubles entre les villas ou les rase comme La Pierrette du nom d’un ancien casino. Attirés par son succès, d’autres promoteurs, dont Merlin, prolongent l’alignement d’immeubles jusqu’aux dunes du Jaunay (Le Panoramique). La tempête de 1976 menace l’un d’eux au point de compromettre la vente des appartements. En urgence, Merlin mobilise une armada de bulldozers et réalise en un temps record, une esplanade en avancée de 100 m sur la mer qui s’intégrera dans les aménagements successifs du remblai. La municipalité et les Ponts et Chaussées sont mis devant le fait accompli…

L’histoire du remblai se poursuit

Les tempêtes de 1973-1974, décident le Conseil municipal, lors de sa séance du 11 juin 1976, de réaliser un perré en béton protégeant un remblai de 206 m de long sur 4 m de large. Dans le même temps, la dune de la Garenne s’affaisse au point de compromettre l’avenir du port. La municipalité se mobilise, appuyée par les milieux professionnels concernés, le secteur associatif (CPNS) et les habitants. Les enfants des écoles plantent 150 000 oyats pour restaurer la dune et ses pentes.

1996

La municipalité lance un concours d’architecte remporté par l’Agence K. Piloté par les architectes Loïc Turpin et Philippe Kolan, le chantier débute en 2000 pour livrer en 2012, 700 m2 de bâti (996 000 € HT) et plus de 15 000 m2 d’aménagements sur le remblai dont un ouvrage innovant de brise-houle d’un montant de 3 760 000 € HT.

2010

La tempête Xynthia a mis en évidence les risques de submersion marine et le caractère inéluctable de l’érosion du littoral qu’aggrave l’élévation du niveau de la mer consécutif au réchauffement climatique.

11 mars 2024

Une houle amplifiée par des marées d’équinoxe à fort coefficient (110 à 114) charrie des volumes considérables de sable qui obstruent les canalisations et provoquent des inondations dans les commerces du remblai. Anticipant des récidives, des travaux sont envisagés : rehaussement du parapet et création de bassins de rétention équipés de pompes de refoulement pour un coût estimés à plus de 5 millions € HT.

Conclusion

L’histoire du remblai va-t-elle se poursuivre, enchaînant tempêtes, dégâts et travaux de défense ? Le recul du trait de côte finira-t-il par imposer le déplacement des activités et des logements dans des lieux plus sûrs en octroyant à la nature une zone tampon protectrice ? La préservation durable des personnes et des biens dépend de ces choix désormais inéluctables.

Le Comité de rédaction de V.I.E.

Sources : Evolution architecturale et protection du littoral des Sables d’Olonne à Saint-Gilles-Croix-de-Vie / Sion-sur-l’Océan par Christophe Vidal, in actes du Congrès national des Sociétés historiques et scientifiques – Nantes 1999, Éditions du CHTS 2002-pp175-209.

L’AGGLOMÉRATION, HISTOIRE, ENJEUX ET PERSPECTIVES

1940 – 1944, LE MUR DE L’ATLANTIQUE AU PAYS DE SAINT-GILLES-CROIX-DE-VIE

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Trois importantes défenses côtières vendéennes, véritables forteresses, sont construites par les allemands pendant la Seconde Guerre mondiale : Noirmoutier, Les Sables d’Olonne et Saint-GillesCroix-de-Vie. En effet, sur le trajet reliant les deux bases sous-marines de Saint-Nazaire et de La Rochelle, la côte vendéenne a l’avantage d’avoir deux ports importants, Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Les Sables d’Olonne. Ceux-ci permettent aux navires allemands de trouver refuge dans des lieux hautement sécurisés par des fortifications. En 2024, Cyriaque Feuillet nous a offert un film et un livre collectif, écrit avec l’équipe de l’association Histoire Culture et Patrimoine du Pays de Rié (HCPPR), La Seconde Guerre mondiale au Pays de Saint-Gilles (1) . Ce livre consacre un chapitre au Mur de l’Atlantique en Vendée, c’est-à-dire à la construction d’ouvrages bétonnés destinés à constituer une défense côtière imprenable. Thomas Graffard, professeur d’histoire en Vendée, a terminé ses études par une thèse précieuse qui décrit et pose Le Mur de l’Atlantique en Vendée, entre monumentalité oubliée et présent difficile (2).

La Seconde Guerre mondiale à Saint-Gilles-Croix-de-Vie

Le 22 juin 1940, les Allemands entrent dans la ville et vont l’occuper jusqu’en 1944. Le livre retrace les principales réactions des personnes qui ont vécu l’Occupation et ses contraintes ; il recense la parole d’une soixantaine de témoins directs, en plus des témoignages déjà connus comme les textes d’Edmond Bocquier. Bien des témoins ont eu la gentillesse d’ouvrir leurs archives et ont contribué par leurs dons à illustrer abondamment l’ouvrage qui ne présente pas moins de 360 illustrations. L’ouvrage décrit comment sont perçus les Allemands quand ils investissent la ville. Il aborde les différents aspects de l’Occupation, la vie au quotidien comme le couvre-feu, le rationnement, les contrôles, les mesures antijuives, les prélèvements sur les fermes, la propagande et les médias cadenassés, les tracts et informations incitant à la résistance des esprits, le bouche à oreille, la débrouille, les petits gestes d’opposition, d’abord individuels puis plus structurés aux côtés des réseaux et mouvements de résistance qui s’organisent, sans omettre les comportements inavouables, les actes de collaboration et les dénonciations, lots de trahisons, d’arrestations et d’exécutions. Au fil des pages, l’histoire quotidienne s’écrit en blanc, gris et noir. 50 000 soldats allemands étaient présents dans le département de la Vendée, c’est énorme. La garnison de Saint-Gilles représentait 10 % de cet effectif. Ils avaient réquisitionné tout ce qu’ils pouvaient. Les habitants subvenaient à leurs besoins alimentaires par la pêche et la culture de leur potager mais ils devaient aussi fournir en nourriture les Allemands et les grandes villes. Si les soldats étaient plutôt aimables au début de l’Occupation, les relations avec les habitants se sont tendues au fur et à mesure de l’avancement de la guerre. Peu après le débarquement sur les côtes normandes, en août 1944, la côte vendéenne va devenir, subitement, le théâtre de batailles aéronavales, juste avant la chute du 3ème Reich. Chercher, fouiller, dénicher, exhumer ces documents épars, ces traces de vie qui racontent le meilleur et le pire, nous font regarder autrement le présent, pour mieux nous projeter dans l’avenir. Tel est le rôle des historiens. Mais tel peut être aussi le rôle des descendants… Au-delà des 500 Vendéens qui obtinrent la carte du combattant volontaire, combien d’autres furent des résistants actifs ou des auxiliaires indispensables et n’ont sans doute pas été référencés ? Dans les maisons de famille, de vieux papiers peuvent venir raconter ou compléter des histoires…

Le Mur de l’Atlantique, son concept

L’architecture étatique nazie s’érige de façon à offrir au futur un passé glorieux et dominateur de la civilisation germanique sur le reste de l’Europe et du monde pendant la durée de vie du Troisième Reich. Hitler et Speer, son architecte, souhaitent léguer un patrimoine architectural et s’inscrire dans l’histoire tels les grands empires romains. Or l’authenticité historique de la production architecturale du 3ème Reich pose un épineux problème. Seulement quatrevingts ans nous séparent de ces ruines, et non un millénaire. Le Mur de l’Atlantique est une architecture militaire, conceptualisée en majeure partie par ces deux hommes. Semés le long des côtes, depuis le nord de la Norvège jusqu’à la Méditerranée, en passant par le littoral vendéen, les géants de béton et de fer n’ont rien à envier à la muraille de Chine. Le gouvernement national-socialiste va fonder le premier bras d’une organisation tentaculaire, l’Organisation Todt. Elle emploie, de manière confondue, volontaires, prisonniers de guerre, déportés et ouvriers du Service du Travail Obligatoire. La gestion en devient vite paramilitaire, avec sa police interne, ses uniformes et une hiérarchie s’inspirant de la Wehrmacht. Dès 1940 l’édification d’un «  mur de défense », à savoir des fortifications le long de l’Atlantique afin de prévenir un éventuel coup de force depuis l’Angleterre, est engagée. Devant l’avancée spectaculaire de la Wehrmacht en Union Soviétique et les événements à Pearl Harbor, Staline pousse le président Roosevelt à déclarer la guerre à l’Allemagne, ce qu’il fera le 11 décembre 1941, dans le but d’ouvrir un second front à l’Ouest. Aussi, en 1942, ce « mur de défense » devient le « Mur de l’Atlantique ». Cela détermine une parfaite collaboration entre les différentes armes de la Wehrmacht, regroupées sous un seul commandement supérieur par zone. Tous les points d’appui construits sur le littoral atlantique relèveront de la marine de guerre, la Kriegsmarine. Speer, ministre-architecte du 3ème Reich, en plus de la fortification des grands ports, va proposer d’édifier plus de 15 000 blockhaus, répartis sur un littoral long d’environ 4 000 km, dont font partie 4 000 ouvrages dits principaux, 1 000 casemates pour canons antichars et 10 000 blockhaus divers. L’Europe, qui connaît le plus grand chantier de son histoire, s’enferme ainsi derrière cette gigantesque muraille, que l’on désigne désormais comme le Mur de l’Atlantique.

Le Mur de l’Atlantique en Vendée

L’arrivée de l’occupant en Vendée se fait par le nord et le nord-est du département, à la date du 21 juin 1940. Pour cette seule journée, les troupes allemandes auront conquis globalement tout le nord du département, dont une ville d’importance  : Challans. Elle se clôture le dimanche 23 juin 1940 par la prise des Sables d’Olonne. L’administration allemande investit La Roche-sur-Yon et y établit une Feldkommandantur, centre de commandement, dès le 4 juillet 1940, jusqu’à la retraite de l’occupant en septembre 1944. À partir d’octobre 1941, l’Occupation impose une première contrainte aux habitants, en créant une «  zone interdite, de 30 km environ, spéciale le long des côtes », avec évacuation de la population en cas de combats. En Vendée cette restriction n’impactera pas moins de 157 communes et environ 164 954 habitants, et ce, pendant trois longues années. La difficulté de mise en œuvre se traduira par une décision en avril 1943, de prévoir, en cas de débarquement avéré, de déplacer la population de 4 villes : Les Sables d’Olonne, SaintGilles-sur-Vie, Croix-de-Vie et Saint-Jean-de-Monts, vers un territoire n’excédant pas 12 km de distance avec le littoral. Dès 1942, des centaines de bunkers vont être construits par les habitants de la Vendée aux ordres de l’armée allemande. Il existait 52 bunkers rien qu’entre Brétignolles-sur-Mer et Saint-Jean-deMonts. La plupart étaient situés à Saint-Gilles-Croixde-Vie et notamment sur la dune de la Garenne pour empêcher l’invasion du port par les Alliés. Deux cartes les référencent précisément, à partir du travail d’Edmond Bocquier (3), un instituteur à la retraite à Saint-Gilles-sur-Vie et chercheur dans de nombreux domaines, qui les a recensés en 1946, et d’un relevé militaire de 1948 (4). Jusqu’à la fin du conflit, un contraste existera entre la faiblesse des défenses côtières à Saint-Hilairede-Riez (6 défenses) et Brétignolles-sur-Mer (5 défenses), et les extraordinaires moyens mis en œuvre sur la dune de la Garenne. Pas moins de 48 ouvrages bétonnés y sont réalisés. L’ensemble codé WN Sa 10 Hersfeld comprenait à la fois des blockhaus destinés à interdire les opérations de débarquement et un dispositif empêchant toute attaque terrestre. Ce choix traduisait assurément la volonté de l’état-major allemand de protéger prioritairement les ports susceptibles de ravitailler les alliés lors d’un débarquement. De nombreux blockhaus existent encore, soit cachés, soit visibles. Parmi ces 48 bunkers, et encore visible à l’entrée du parc du Petit Bois, le blockhaus n° 56 était affecté comme PC de bataillon d’infanterie. L’ouvrage comptait deux parties, l’une abritait la ventilation et l’espace de vie et l’autre la salle de commandement et les centraux téléphonique et radio. Destinée aux officiers, cette partie offrait un véritable confort avec des espaces tapissés de lambris, un sol carrelé et un chauffage à air pulsé. Plus près du Jaunay, le grand abri, n° 55, abritait un hôpital contenant une douzaine de petites pièces desservies par d’étroits couloirs, portes métalliques, appareils autonomes pour la ventilation et l’éclairage. La construction de ce bâtiment de 22,20 m2 sur 12,80  m avait nécessité l’utilisation de 1 440 m3 de béton. Cet hôpital que l’on pouvait identifier par la présence en façade de croix rouges cerclées de blanc, pouvait accueillir jusqu’à douze gazés et dixhuit blessés. Une seule porte coulissante et blindée autorisait la circulation entre les deux compartiments du blockhaus. L’ouvrage était doté d’une réserve d’eau et d’un ballon d’eau chaude probablement alimenté par un puits. Ce dispositif, complété par les lourdes grilles et les caponnières des entrées, permettaient une totale autonomie des personnels en cas d’encerclement. L’un des bunkers, le n° 23, trouve aujourd’hui un usage insoupçonné. À deux mètres sous le niveau du sol, le blockhaus sert de réserve d’eau de mer au Centre de soins et de réadaptation de la Villa Notre Dame.

Le Mur de l’Atlantique, un patrimoine ?

Que reste-t-il des vestiges du Mur de l’Atlantique face à ce passé des plus controversés ? Lorsque l’on évoque ces ruines, convient-il d’employer le mot « patrimoine » ou est-ce inapproprié ? L’idée même de la symbolique estompe en vérité ce qualificatif, tout comme l’appellation de « monument ». Ce problème temporel, ce laps de temps de seulement quatrevingts années se veut clairement être un impact du passé sur les consciences du présent. Le Mur de l’Atlantique reste malgré lui « trop neuf » pour être considéré comme tel. Cette conséquence met en relief la quasi-négligence de l’intérêt perçu pour ce type de monument, de la fin de la guerre à aujourd’hui. Il en résulte que l’on assiste à un phénomène de redécouverte du patrimoine militaire, et que l’on ne recueille les fruits de cette dissimulation que depuis peu. L’urbanisation touristique que connaissent les villes côtières de Vendée, après-guerre, offre une occasion pour les agglomérations d’intégrer ces ouvrages militaires au sein du tissu urbain. De cette manière, certains blockhaus se voient incorporés à des structures plus contemporaines, lissant ainsi leurs traits stylistiques si particuliers. Cela est remarquable dans les rues de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Il est possible d’observer des habitations incorporant un bunker sans laisser transparaître les traits de ce dernier. Le camouflage des nombreux blockhaus reposant sur le littoral vendéen demeure une action particulière, que l’on pourrait très aisément qualifier de réaction et non d’une simple action. En effet, il s’agit d’un comportement social classique dans sa forme, puisque cela revient à ne plus percevoir l’insupportable, à refouler le souvenir qu’impose l’image de ces casemates à l’aide d’une seconde représentation plus acceptable pour le regard de la société. Dans un devoir de mémoire, un sursaut s’impose pour mettre en valeur ce patrimoine architectural, historique et social à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

 

Le Comité de rédaction V.I.E.

Source : Article rédigé par Bernard de Maisonneuve, avec la contribution de Cyriaque Feuillet, Thomas Graffard, Patrick Avrillas et Aurélie Luneau. 1 La Seconde Guerre mondiale au Pays de Saint-Gilles, Éditions La Geste, 224 pages, 300 illustrations, 35 € Pour plus d’informations : contact@hcpderie.fr ou 07 88 68 09 91. 2 Le Mur de l’Atlantique en Vendée, entre monumentalité oubliée et présent difficile ? Thomas Graffard, THÈSE, 2 mars 2022, Docteur de l’université de La Rochelle. 3 Edmond Bocquier (1881-1948) commence une brillante carrière dans l’enseignement. D’abord professeur à Fontenay-le-Comte, il devient rapidement inspecteur dans l’enseignement primaire puis directeur d’école normale (à Aurillac puis à Angers). Resté très attaché à la Vendée, il s’installe à Saint-Gilles-sur-Vie, en 1932, pour sa retraite. Parallèlement à ses activités pédagogiques, il fait montre d’une grande activité intellectuelle et de militantisme : conférence dans les campagnes, fouilles archéologiques, recherches dans les archives communales. Il s’intéresse à des domaines aussi variés que la toponymie, le langage, le folklore, la géographie, la géologie, la préhistoire et l’histoire locale. 4 Le rapport Pinczon du Sel (Service historique de la Défense situé à Vincennes) conserve une étude détaillée du Mur de l’Atlantique menée entre 1946 et 1949.

LES RENDEZ-VOUS DE V.I.E. 2025

LES JOURNEES DU PATRIMOINE 2025

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Les 21 et 22 septembre 2024, V.I.E. a proposéaux habitants et visiteurs de découvrir l’histoire du remblai de la
Grande Plage, un aménagement emblématique de notre histoire balnéaire et de notre confrontation aux avancées de
la mer intensifiées par les évolutions climatiques.
Le 22 septembre a été consacré à l’histoire mouvementée du port où se cristallisèrent, au fil du temps,
les ambitions maritimes et les tensions sociales, économiques, et religieuses propres à chaque époque.
L’architecture portuaire en témoigne.
Lors de ces rencontres, les échanges avec une cinquantaine de participants nous ont permis d’enrichir
nos connaissances et de collecter des archives rares.
Qu’ils reçoivent ici nos chaleureux remerciements.
A toutes et tous nous vous invitons à nous retrouverlors des prochaines Journées du Patrimoine en 2025.