Une centaine de petits cétacés se sont échoués sur le
littoral des Pays de la Loire dont 31 en Vendée, durant
l’hiver 2024-2025. Ce phénomène est observé depuis
plusieurs années tout au long des côtes de l’Atlantique.
Il inquiète aussi bien le monde scientifique que
celui de la pêche qui dépend directement de la bonne
santé du milieu marin dont les cétacés sont les meilleurs témoins.
Comment expliquer ces échouages ?
Une méthode radicale.
Le laboratoire de recherches PELAGIS de l’Université
de la Rochelle est chargé d’effectuer les recensements
des échouages de cétacés et de réaliser des analyses
selon les circonstances, les lieux, les blessures constatées,
complétées éventuellement par des nécropsies.
Les conclusions de cette recherche menée de l’hiver
2023 à l’hiver 2026 devraient permettre d’éclairer les
politiques publiques de la France dans le cadre des
engagements de l’Union Européenne au titre de la
conservation des populations de mammifères marins
et d’oiseaux de mer. Cette mission s’appuie sur un
réseau de lanceurs d’alerte.
La méthode retenue est la mise en pause de la pêche,
en fonction des techniques de prise employées, durant
trois hivers consécutifs à partir de 2023-2024.
300 bateaux de pêche de plus de 8 m, équipés de filets
maillants, trémails, chaluts pélagiques en bœufs et à
panneaux, chaluts de fond en bœufs et sennes pélagiques,
sont restés à quai du 22 janvier au 22 février
2025. C’est la deuxième année consécutive que ces
dispositions sont mises en œuvre, depuis le sud de
Lorient jusqu’au sud de la Charente. Les marins-pêcheurs,
indemnisés à 70 % de leur chiffre d’affaires
pour les périodes de pause imposée, rongent leur
frein. De fait, toute la filière de la pêche est impactée,
depuis les gestionnaires des centres de marée, les
mareyeurs jusqu’aux restaurateurs dont le manque à
gagner n’est pas pris en compte.
Grâce à ces mesures radicales, PELAGIS espère identifier
la part revenant aux captures accidentelles parmi les multiples
causes d’échouage des cétacés.
Quel bilan ?
Le taux d’échouage du fait de captures accidentelles est
faible durant la période d’interruption de la pêche.
Ce qui donnerait raison au Conseil International pour
l’Exploration de la Mer (CIEM), qui
pointe les captures accidentelles comme principale cause
d’échouage des cétacés. Le 26 novembre
2025, PELAGIS a publié les résultats de la pause
d’un mois, de janvier à février 2025 : 1 900 dauphins
communs sont morts par capture accidentelle
du 1er décembre 2024 au 31 mars 2025 le long du
littoral Atlantique et de la Manche Ouest, contre
4 700, en moyenne, chaque hiver entre 2017 et 2023.
Démonstration est faite que la fermeture de la pêche
durant quatre semaines en février, a réduit très sensiblement
les captures accidentelles de dauphins.
Les professionnels de la pêche s’engagent.
Les 870 professionnels de la pêche en Pays de la Loire*,
n’ont pas attendu les conclusions des organismes de
recherche scientifique pour limiter les captures accidentelles
tant elles pénalisent leurs campagnes de
pêche. Depuis 5 ans déjà, ils ont installé sous la coque
des bateaux, sur bâbord et tribord, des effaroucheurs
de cétacés (exemple : PILFIL, pour Pinger, répulsif
acoustique, et filage, technique de mise à l’eau de filet)
dans le but d’éloigner les dauphins hors d’une zone
couvrant la largeur du filet déployé et ainsi d’éviter
qu’ils ne s’y empêtrent. Les ondes émises ne sont pas
douloureuses pour les cétacés mais dissuasives.
65 % des captures accidentelles ont ainsi été évitées
grâce aux initiatives de la flottille des chalutiers pélagiques.
Cette mobilisation résulte de la coopération
ancienne établie entre les scientifiques d’IFREMER et
les professionnels de la mer. Ces derniers s’insurgent
donc énergiquement quand ils sont pointés du doigt
pour défaut de vigilance en cas de captures accidentelles.
Concurrents des cétacés sur les sites de pêche,
les marins-pêcheurs, sont les premiers pénalisés en
cas de pêche accidentelle.
Cependant, les échouages perdurent, menaçant la
biodiversité et, au-delà, la pêche elle-même. Ce secteur
économique, comme l’agriculture, est directement concerné par
la préservation de son environnement dont il tire ses ressources.
Les évolutions climatiques et leurs conséquences pour la faune
marine ajoutent leurs lots d’incertitudes sans toutefois
décourager ce milieu professionnel aux pratiques très
encadrées et aux capacités de résilience et d’adaptation éprouvées.
La modernisation des techniques et
des équipements à un rythme soutenu depuis 15 ans,
les investissement conséquents, l’application d’un système
réglementaire complexe, l’adaptation aux évolutions climatiques
et à leurs incidences sur les courants marins et les migrations
d’espèces, la prise en compte des attentes des consommateurs,
sont autant de défis que le monde de la pêche ne cesse de relever.
Conclusion.
A marche forcée, en 50 ans, les marins-pêcheurs se
sont organisés et imposés des règles strictes d’exercice pour
mieux affronter les difficultés inhérentes à
leur métier et s’adapter aux évolutions réglementaires
européennes et à celles engendrées par la transition
climatique. Leur collaboration de longue date avec les
scientifiques, notamment avec l’IFREMER, a pour but
de mieux concilier la préservation de l’environnement
et la pérennité des métiers de la pêche. Les marins-pêcheurs
sont donc étonnés de se voir imposer par certains laboratoires
scientifiques un climat de suspicion qu’ils jugent aussi immérité
que contre-productif.
Les professionnels de la pêche artisanale, parties
prenantes des enjeux environnementaux, se considèrent
comme les partenaires prépondérants des
scientifiques pour développer des pratiques de pêche
respectueuses de l’environnement mais compatibles
avec leurs contraintes.
Ils espèrent que la dernière campagne pilotée par
PELAGIS apportera les clarifications nécessaires permettant
une approche équilibrée de cette problématique au service de
la biodiversité et garante de l’exercice durable de leurs métiers.
* Les Pays de la Loire, troisième région française de pêche maritime
professionnelle, comptent 870 marins-pêcheurs, dont les prises,
vendues à partir de 6 centres de marée alimentés par 26 ports de
débarquement, valaient en 2023 85 millions d’euros. Les métiers de
la pêche (chalutiers, fileyeurs, ligneurs, caseyeurs…) sont structurés
en Organisation Professionnelle (OP).
Sources : Entretien réalisé le 18 mars 2025 avec Monsieur José
Jouneau, Président du Comité Régional des Pêches Maritimes et
des Élevages Marins des Pays de la Loire (COREPEM).
Bilan 2024 de la fermeture de la pêche, PELAGIS-CNRS,
La Rochelle-Université.
https://www.observatoire-pelagis.cnrs.fr/bilan -2024


