Association VIE Vendée » Blog Archives

Tag Archives: biodiversité

Bulletin 2015 Histoire - Récits - Mémoire

Les petits animaux de l’estran se racontent

Published by:

Le Bernard l’ermite (ou l’hermite), (Pagurus bernhardus).
Avez-vous déjà vu  des  bigorneaux courir à toute vitesse sur la plage, à marée basse? Regardez-les de plus près et vous verrez sortir de la coquille des pattes articulées et des pinces, des antennes et des yeux.
Vous avez donc observé une coquille de mollusque gastéropode habitée par un crustacé décapode : c’est moi, le bernard l’ermite ou pagure.
Pourquoi ce nom ? Comme le moine Saint-Bernard de  Clairvaux et  les ermites, je vis caché ! En effet, j’ai un «défaut de fabrication». Pour mes pattes et mes antennes, ça va ! Elles sont protégées par unecarapace chitineuse. Par contre, pour mon abdomen, j’ai tout faux ! Il est recouvert d’une peau très fine et si je le laisse à «l’eau libre» je vais me retrouver coupé en deux par le premier prédateur passant par là. Pour me protéger, j’ai donc trouvé une solution : je repère une coquille vide de gastéropode, je la fais tourner en l’inspectant avec mes antennes,  je place les deux orifices des coquilles face à face et hop ! En un dixième de seconde, j’introduis mon abdomen dans la nouvelle coquille. Le problème, c’est que, comme tous les crustacés, je mue et je grossis. Je dois donc à chaque fois prospecter pour trouver une coquille plus grande. C’est sans compter sur la solidarité de mes congénères.  En effet, nous organisons parfois des «chaînes  de vacance». Nous nous  réunissons autour d’une coquille vide adaptée à la taille du plus gros. Chacun passe ensuite dans la coquille du plus gros que lui et seule la plus petite reste vide (selon Behavioral  Ecology). N’est-ce pas un bel exemple de solidarité lié à un recyclage efficace ? De plus, cela prouve que nous avons un don pour l’évaluation de la taille «à vue de nez» ou plutôt d’antenne !
Il m’arrive de vivre en «copropriété» avec une anémone de mer ou une colonie de petits polypes (Hydractinies) qui se fixent sur ma coquille. Ça va, on  s’entend  bien,  mais  attention, on partage les avantages  ! Comme je ne sais pas manger proprement, elles récupèrent les «miettes de mon repas». En échange, elles prolongent l’ouverture de ma coquille, j’ai donc plus de place pour me loger et elles peuvent aussi me protéger avec leurs tentacules urticants.
Nous   constituons dans ce cas une association de deux animaux d’espèces différentes qui retirent des bénéfices réciproques de cette union. Les biologistes parlent de mutualisme et non de symbiose (association bénéfique et  obligatoire de  deux organismes ne pouvant vivre l’un sans l’autre). Ne pourrait-on pas qualifier cette association de «resto-taxi» ?

L’Anémone de mer (Actinia equina).
Mais qui a bien pu me donner un nom de fleur ? Vous m’imaginez dans un bouquet ?
Il est vrai que c’est très flatteur et je regrette de ne pas pouvoir m’admirer lorsque je déploie mes tentacules comme une rosace autour de ma bouche… Je ne suis en vérité qu’un petit animal, tout mou, sans squelette, sans pattes, appartenant au groupe des actiniaires, voisin des coraux.
À marée basse, je me referme et j’ai beaucoup moins fière allure avec mon   aspect de petite boule rouge, visqueuse, collée au rocher et percée au milieu d’un trou qui fait pschitt si on me touche. En effet, je dois garder de l’eau pour survivre. Bien que  je  sois sans dents, sans pinces, sans aiguilles ni crochets, je suis un animal féroce ! Gare à la moindre crevette ou petit poisson qui effleure l’un  de  mes tentacules ! Je possède à leur surface des cellules urticantes microscopiques (cnidocytes) qui  injectent un  venin dans ma proie en la paralysant. Il ne me reste plus qu’à la faire entrer doucement par ma bouche pour la digérer. Les déchets de cette digestion prendront le   chemin inverse. Bouche ou anus, chez moi, c’est pareil ! Je peux me déplacer en glissant sur mon pédoncule basal imprégné de mucus. Les grandes voyageuses préféreront se placer «sur le bord de la route» en attendant le passage peu probable d’un bernard l’ermite qui les prendrait sur son dos.

Catherine Chauvet.

Les rendez-vous de VIE

Bilan des sorties dans la dune en 2013.

Published by:

Notre plante célèbre et protégée au niveau international: le cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis)

Notre plante célèbre et protégée au niveau international: le cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis)

Cette année, nous avons élargi notre auditoire. Bien sûr, nous avons accueilli, comme d’habitude, des amateurs de nature, de protection de l’environnement, plus ou moins informés, mais très attentifs, habitants de Croix de Vie – St Gilles ou estivants. De plus nous avons fait découvrir le bord de mer à des enfants et à des adultes de familles modestes, envoyés en vacances à Brétignolles par la Caisse d’Allocations Familiales de l’Allier. Ils ont compensé leur ignorance du milieu et des plantes par leur enthousiasme. Les enfants se sont précipités sur l’estran et dans la dune ! Nous avons aussi reçu deux botanistes émérites qui ont, avec nous, cherché dans les détails les plantes spécifi ques et originales de notre dune. Au total en 9 sorties, nous avons reçu 56 personnes et réalisé un exercice intéressant d’adaptation pédagogique pour nos présentations.

Bulletin 2014 Les dossiers de VIE Nature et environnement

Les petits animaux de l’estran se racontent.

Published by:

L’arénicole (Arenicola marina)

Une arénicole

Une arénicole

Mon nom provient de «arena» qui signifie sable et «cole», qui habite. Je peux donc me considérer comme la «reine des sables». J’ai aussi d’autres noms moins élégants tels que chique, bouzou, bocart, ver noir, donnés par les pêcheurs qui m’utilisent comme appât. L’estran, mon royaume, est une zone recouverte par la mer à marée haute et découverte à marée basse. Je colonise l’estran sableux, plus ou moins vaseux, que je partage avec les coques et les palourdes.
Je construis à la surface du sable des petits «châteaux» en forme de tortillons placés à côté d’un trou en entonnoir. Et je suis là, cachée dans ce sable vaseux, dans un tube en U, entre le trou et le tortillon. J’ai tout ce qu’il faut pour me nourrir en aspirant le sable riche en matière organique et en plancton, au niveau de l’entonnoir. Pour cela, j’ai une trompe rétractile. Hélas! Elle ne peut rivaliser en grâce avec celle du papillon ou en force avec celle de l’éléphant ! Je suis simplement un gros ver de 15 à 20 cm de long. Je suis classée dans les Annélides polychètes, (vers au corps annelé, avec de nombreuses soies) et je porte sur mon dos des petites touffes rouges, les branchies.

Le trou en entonnoir et le tortillon

Le trou en entonnoir et le tortillon

A marée haute, pas de problème, il y a de l’eau partout ; à marée basse, je continue à respirer dans l’eau restée au fond de mon tube en U. En m’accrochant avec mes soies aux parois de mon tube, que j’ai consolidées avec du mucus, je peux faire marche arrière et rejeter sous forme de tortillon, le sable que j’avais avalé.
Je n’ai jamais de visite de «prince charmant». Dans un sens, il vaut mieux ! S’il voyait ma «tronche», il aurait peur ! En fait, il n’a pas d’yeux et moi non plus, alors tout va bien. En octobre – novembre, il libère dans l’eau ses spermatozoïdes qui s’étalent à la surface du sable et sont entraînés dans ma galerie par un courant d’eau. Et voilà, ça marche comme çà !
J’ai appris que des scientifiques s’intéressaient beaucoup à moi ; enfin un peu de considération pour le pauvre petit animal que je suis ! En effet, ils ont découvert que mon hémoglobine est proche de l’hémoglobine humaine mais n’est pas enfermée dans des globules rouges. Je vais donc prendre de l’importance dans le domaine médical. Comme mon hémoglobine est un très bon transporteur d’oxygène, elle pourrait servir dans le transport des greffons, la cicatrisation des plaies et d’autres thérapies.
Tant mieux pour vous les humains mais finalement ce n’est pas drôle du tout pour moi : finir ma vie en bouillie dans l’estomac d’un poisson ou dans une éprouvette, c’est quand même un triste sort !

vers03

Catherine Chauvet
Illustrations : triplov.com - wikipedia.org-Doris. ffessm.fr David Borg